Étude du NTP : Les ondes du portable génotoxiques ?

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Source : « NTP: Cell Phone RF Breaks DNA » – microwavenews.com – 6 septembre 2016

Cohérent avec le taux de tumeurs constaté, 20 ans après l’étude de Lai-Singh

En mai dernier, le Programme National de Toxicologie (NTP) a annoncé que les rats mâles exposés aux radiations du téléphone portable ont eu un taux de cancer plus important. Le NTP va bientôt révélé l’explication du mécanisme qui pourrait conduire à ce résultat.

Les mêmes radiations qui sont supposées être responsables du développement des tumeurs du cerveau, seraient aussi responsables de cassures des brins d’ADN dans le cerveau. Les rats femelles qui n’ont pas eu un taux de tumeur significatif, ont aussi connu moins d’impact sur leur ADN.

Toutes ces découvertes font partie du même projet du NTP dont le coût s’est monté à 25 millions de dollars.

Les résultats du NTP fournissent « de solides preuves de la génotoxicité des radiations du téléphone portable, » selon Ron Melnick interviewé par Microwave News. Monsieur Melnick a dirigé l’équipe qui a conçu l’étude du NTP, il a depuis pris sa retraite. « L’ancien argument qui veut que les radiations de type radiofréquence ne puissent pas endommager l’ADN devrait être mis au rebut » ajouta-t-il.

Les cassures d’ADN ont aussi été observées dans les cerveaux des souris qui ont été exposées, comme pour les rats, mais dans une moindre mesure. À l’heure actuelle, les résultats de l’observation des tumeurs chez les souris n’ont pas encore été communiqués.

Dans les procédures du projet du NTP, il était prévu de sacrifier un échantillon de rats après 19 semaines d’exposition postnatales aux radiations, 5 de chaque groupe, que ça soit ceux exposés au GSM, au CDMA ou faisant parti du groupe de contrôle [1]. Un échantillon de tissu a été collecté pour chacun de ces animaux [2] et ceux restants ont continué d’être exposés pendant 2 ans jusqu’à la fin de l’expérimentation.

Un article scientifique sur ces résultats a été soumis à publication, il est en cours de validation selon le service de presse du NTP [3]. Michael Wyde, qui s’occupait de la gestion courante du progamme, a présenté certains résultats préliminaires à la conférence BioEM2016 en juin dernier à Ghent en Belgique et aussi un peu plus tard le même mois, durant la conférence des membres du conseil du NTP. (son exposé [4] est disponible ici et il y a une vidéo de sa conférence [5])

Les cassures de brin d’ADN mènent-elles à l’apparition des tumeurs ?

Ces nouveaux résultats nous mènent à nous poser la question suivante : Est-ce que les cassures de brin d’ADN, que l’on a remarquées en première partie d’étude, peuvent-elles générer les tumeurs que l’on a découvertes à la fin de l’expérience ?

« Vous ne pouvez pas dire que les tests ADN soutiennent les résultats sur l’augmentation des gliomes, » indique un membre du NTP qui veut rester anonyme. Mais cette personne rajoute, « vous pouvez dire que c’est cohérent. »

Monsieur Melnick, qui a passé presque 30 années au NTP avant de prendre sa retraite en 2009, à une idée plus tranchée sur la question : « les résultats sur les dommages ADN au niveau du cerveau des rats appuient les données du NTP au niveau des tumeurs. »

Nous avons posé la même question à John Bucher, le directeur associé du NTP qui est en charge de l’étude sur le téléphone portable. Mais il n’a pas souhaité nous répondre. Idem sur le fait que l’apparente cohérence entre les dommages ADN et les résultats finaux de l’étude auraient pu jouer un rôle au sujet de leur divulgation en mai dernier sur les tumeurs avant la publication officielle dans une revue scientifique.

20 ans de jeu d’influence

Les résultats du NTP sur les dommages de l’ADN sont le dernier, et peut-être le plus décisif chapitre dans une controverse qui remonte à plus de 20 ans. En 1994, Henry Lay et N.P. Singh de l’université de Washington à Seattle ont montré que les radiations pouvaient entraînées des dommages sur l’ADN des cerveaux de rats. (A l’époque, ils avaient utilisé des ondes pulsées d’une fréquence de 2450MHz, [ndlr : proche du WIFI], et non pas un signal de type téléphonie mobile.) L’étude Lai-Singh a été immédiatement attaquée par l’industrie des télécommunications car cela menaçait de contredire leur principal argument qui est que les portables ne peuvent pas donner le cancer.

C’est Motorola qui a sonné la charge, un des hauts cadre de cette compagnie, Q. Balzano, nous avais expliqué à l’époque que même si l’expérience de Lai-Singh allait être validée, « les effets qu’ils prétendent démontrés sont sans importance » (voir MWN, N/D94, p.1). Monsieur Balzano, ingénieur de son état, à choisi d’esquiver le principe bien connu que les dommages ADN peuvent mener au développement de cancer et à leurs expansions.

Au même moment, le département de la communication de Motorola a développé une campagne pour discréditer le travail de deux chercheurs. Cela est étayé par la divulgation d’un mail interne nommé « War gaming » qui a révélé une partie de la stratégie de cette société pour arriver à ses fins (voir MWN, J/F97, p.13).

Motorola a aussi contribué financièrement à une étude du laboratoire de Joseph Roti Roti de l’université de Washington à St. Louis. Le professeur Roti Roti n’a pas trouvé de dommage ADN (voir : »Deux laboratoires en désaccord sur la question des micro-ondes et des conséquences sur l’ADN« ) Pour Motorola, l’étude Lai-singh n’était donc pas fondée et le débat était clos.

Néanmoins, la recherche continue

Une quinzaine d’années plus tard, un nouveau conflit a émergé avec une équipe de l’université de Vienne, travaillant dans le cadre du projet européen Reflex, qui lui aussi a constaté des dommages ADN induits par les radiofréquences. Les expérimentations ont été faites in vitro, c’est-à-dire sur des cultures de cellules (voir MWN, M/A03, p.7). Cet affrontement a été assez « moche », au point où des accusations formelles de fraude et de négligence scientifique ont été formulées. Aucune des charges n’a cependant été retenues, mais cela a tout de même laissé des traces sur l’ensemble du projet. (voir la couverture médiatique des journaux scientifiques)

À l’heure d’aujourd’hui, la question des dommages ADN n’est plus vraiment au goût du jour. Le professeur Lai qui est en retraite mais a cependant gardé une place de coéditeur en chef dans la revue scientifique Electromagnetic Biology and Medicine (EBM), continu de faire de la veille sur ce que les autres scientifiques publient. « Il y a en tout 73 études sur les cassures d’ADN depuis notre article initial, » raconte-t-il dans une interview, « une grande majorité d’entre-elles ont trouvé des résultats similaire aux nôtres. » [6]

Le test des comètes

Les 73 études sur la liste du professeur Lai ont toutes utilisé la méthode du test des comètes [7] pour mesurer les dommages des brins d’ADN. Le test a été développé par ses collaborateurs et le professeur Singh il y a de cela 30 ans [8]. Ce test peut détecter les simples ou les doubles cassures de brin d’ADN, et d’autres potentielles modifications génotoxiques. Le test tire son nom des fragments d’ADN qui forment une sorte de queue de comète. Plus il y a de dommages et plus la queue est longue et diffuse.

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Le test des comètes est l’une des techniques standardisées pour évaluer les dangers génétiques, il peut s’utiliser sur des cellules issues d’animaux (in vivo) comme tout aussi bien sur des cellules de culture (in vitro). Ce test est utilisé régulièrement par le NTP pour tester des produits chimiques. Par exemple, l’OCDE a considéré que le test des comètes est « particulièrement adéquat » dans le cadre de l’évaluation d’agents cancérogènes. Les deux études, que ça soit Lai-Singh ou la nouvelle étude du NTP, ont utilisé les mêmes méthodes sur des rats exposés aux radiofréquences.

« Le test des comètes est toujours plus révélateur in vivo que in vitro », indique Raymond Tice. Dans les années 80, il a participé le professeur Singh dans le développement du test des comètes. Il rejoint le NTP en 2005, devenant le chef de la branche du dépistage des biomolécules avant de partir en retraite il y a 1 an. Mais il reste néanmoins conseiller auprès du NTP.

Sur les 73 études scientifiques que le professeur Lai a inventorié, il y en a 28 qui ont utilisé un modèle d’exposition in vivo. « Celles qui montrent des dommages des brins d’ADN sont plus nombreuses que celles qui ne montrent rien, le ratio est de 3 études positives pour 1 étude négative » [9]

Le professeur Lai nous affirma : « Je n’ai pas de doute que les radiofréquences de basse intensité sont toxiques pour l’ADN »

Les résultats sur la génotoxicité du NTP

Avant de lancer l’étude du NTP, l’équipe de Melnick avait ciblé plusieurs parties du corps des rats, incluant 3 régions du cerveau, afin qu’elles soient testées au niveau des dommages ADN. L’une d’entre elles était le cortex frontal du cerveau, car selon Christine Flowers, directrice de la communication du NTP, ce sont « des zones où l’on retrouve les tumeurs chez les humains ».

En effet, selon Ron Melnick, les constations des cancers du cerveau lié aux utilisateurs du téléphone portable, tout comme l’expérimentation sur l’ADN de Lai-Sing, l’ont mené à intégrer les analyses ADN au protocole de l’étude du NTP. (les études épidémiologiques sur le téléphone portable ont conduit le CIRC a classifié les radiations de type radiofréquence comme possiblement cancérogène.)

Il s’est avéré que le cortex frontal est l’endroit où le NTP a constaté la plus significative augmentation des cassures d’ADN. (voir le slide ci-dessous provenant de la présentation du NTP à la convention BioEM2016 en juin dernier)

Plus tard, le NTP a trouvé des tumeurs de type gliome sur les rats qui avaient été exposés pendant deux ans. Le NTP n’a cependant pas spécifié la location des gliomes au niveau du cerveau. Les tests ADN effectués sur le cerveau ont été faits sur différents types de cellule, dont notamment les cellules gliales, celles là même d’où se sont développées les cancers.

Michael Wyde a montré qu’il y avait des réponses inégales entre les rats qui avaient été exposés aux radiations [10]. Seulement certains animaux montraient des effets sur l’ADN mais ceux-ci étaient assez importants pour augmenter le taux moyen et montrer une différence significative.

Aucune analyse n’a été faite sur les cellules de Schwann situées au niveau du cœur, l’autre endroit où des tumeurs ont été constatées après 2 ans d’exposition [11]. L’apparition des schwanome était inattendue, et seulement découverte longtemps après que les échantillons aient été collectés au cours de l’expérimentation.

Extrait de la présentation Slide No.30 from NTP’s Michael Wyde presentation at the BioEM2016 meeting in June in Ghent, Belgium

Extrait de la présentation de Michael Wyde du NTP lors de la convention BioEM2016

@+ Jay

1. L’exposition a duré 18 heures par jour (en alternance toutes les dix minutes), 7 jours par semaine. L’exposition totale aux radiofréquences était de 9 heures par jour. 3 différents niveaux d’exposition ont été utilisés : 1.5, 3 et 6 W/Kg. Vous pouvez trouver les détails de l’expérience ici.
2. L’exposition des rats a commencé quand ils étaient encore dans l’utérus de leur mère. Le protocole pour les souris était similaire à l’exception près que l’exposition a commencé 6 semaines après la naissance. Après 13 semaines, 15 souris ont été sacrifiées afin d’analyser leur ADN.
3. Stephanie Smith-Roe et al., « Évaluation de la génotoxicité des radiations de type radiofréquences provenant des téléphones portables sur des rats et des souris avec une exposition subchronique, » dans la presse.
4. Voir aussi le powerpoint de la présentation de Wyde à la convention GlORE en novembre 2013. GLORE étant l’acronyme pour « coordination globale de recherche et de politique sanitaire sur les champs électromagnétiques de type radiofréquence ».
5. La discussion sur les résultats de la génotoxicité commence à 31:51 minutes de la vidéo
6. Sur les 73 études de la liste du professeur Lai, 46 (63%) ont constaté un effet et 27 (37%) n’ont rien trouvé. De leur côté Lai et Singh avaient démontré que les ondes d’extrêmement basses fréquences (courant alternatif) peuvent causer des cassures d’ADN (voir leur étude qui date de 1997). Là encore, le professeur Lai a inventorié les articles scientifiques qui ont suivi le leur. À ce jour, il y a 44 études sur le sujet dont 32 (73%) ont trouvé un effet, a contrario 12 autres (27%) n’ont rien trouvé.
7. Cet été, une équipe allemande a publié un article scientifique sur le test des comètes. À noter que ce test est l’une des techniques utilisées pour mesurer des effets génétiques. Le professeur Lai a aussi inventorié globalement la littérature sur la question de la génotoxicité. Au dernier comptage en 2014, il y avait en tout 125 papiers dont 84 (66%) démontraient un effet contre 41 (34%) qui n’en trouvaient pas.
8. Le professeur Singh a récemment fait une analyse du développement, de l’évolution et de l’application du test des comètes
9. un aspect qui n’a pas été pris en compte dans les analyses des études sur les test ADN, c’est le financement. Pour aller plus loin sur les influences de l’industrie, militaire ou les divers autres sur la recherche ADN, voir l’article qui suit : « La recherche sur les radiations et le culte des études négatives, » écrit il y a 10 ans.
10. Voici le discours de Wyde au conseil scientifique du NTP en juin 2016. La question des résultats de la génotoxicité commence à partir de de la 31:51 minutes de cette vidéo (Disponible ici aussi).
11. Durant la même convention du conseil scientifique du NTP, Linda Birnbaum, directeur du NTP (& NIEHS), évoque le sujet du lien entre les radiofréquences et les schawnomes du cœur. Dans la vidéo de la convention, elle déclara que cette association est « sans équivoque clair » (43:20 min) et plusieurs minutes plus tard, elle l’a décrite comme « une jolie dose-réponse. » L’ensemble des vidéos de la réunion sont ici.

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Une réflexion sur “Étude du NTP : Les ondes du portable génotoxiques ?

  1. Il faut espérer que les résultats du test des comètes feront que nous serons pris–e-s au sérieux quand nous disons que ces fréquences (portables entres autres) nous satellisent… Bon, plus sérieusement, merci Jay pour toutes ces infos.

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