Retour sur la médiatisation de l’étude du NTP

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Pour ceux qui n’ont pas suivi l’actualité sur les ondes électromagnétiques, les premiers résultats d’une étude de provocation du NTP ont été révélés par le site Microwave News le mois dernier. Cette étude scientifique consistait à exposer des rats et des souris à des radiofréquences de type GSM et CDMA, à une fréquence de 900 MHz pour les rats, depuis le début de la gestation jusqu’à une période de 2 ans, à des doses allant de 1.5 W/kg à 6W/kg sur l’ensemble du corps.

Contre toute attente, plusieurs résultats de cette étude mettaient en évidence une légère augmentation de deux types de cancer, les gliomes malins et les schwannomes du cœur, spécialement chez les mâles, et pour le dernier type de cancer, une corrélation entre la dose et le nombre de cancers a été observée dans le cadre de l’exposition aux radiofréquences de type CDMA. L’information étant assez significative, les médias se sont emparés de ces résultats préliminaires au grand dam de certains…

Pour comprendre de quoi il retourne sur la question sanitaire des ondes électromagnétiques de type radiofréquence, il faut avoir en tête que seul l’effet thermique fait consensus dans le monde scientifique. C’est-à-dire qu’en fonction de la fréquence et de l’intensité de l’exposition, l’eau contenue dans les tissus se met à « s’agiter » à la fréquence des ondes électromagnétiques reçues, ce qui provoque un échauffement, c’est le même mécanisme que dans un micro-onde.

En conséquence de quoi, une ONG « indépendante » dénommée ICNIRP avait donné ses lignes directrices à l’Europe pour mettre en place des normes qui évitent essentiellement ce phénomène d’échauffement dans le cadre de l’utilisation de ce type d’ondes électromagnétiques dans nos moyens de communication. Le conseil de l’Union Européenne va donc intégrer les normes préconisées par l’ICNIRP dans ses recommandations en 1999 et la France va les transposer dans notre droit sans passer par l’Assemblée Nationale sous la forme d’un décret en 2002.

On peut donc se rassurer qu’on est protégé d’une augmentation de notre température corporelle limitée et comme ce ne sont pas des ondes électromagnétiques de type ionisante, c’est-à-dire qui ne transportent pas assez d’énergie pour pouvoir arracher les électrons de la matière, il n’y aurait donc aucun risque de maladie comme les cancers à contrario par exemple d’une exposition aux rayons X ou encore de certains UV.

C’est donc dans ce contexte que va être traitée l’étude du NTP par les médias et assez curieusement on assiste à une pondération de ces résultats, on retrouve généralement les mêmes argumentations, une incidence faible des cancers, l’exposition qui va jusqu’à 6W/kg et qui serait irréaliste par rapport à notre exposition actuelle. Il y a aussi une récurrence dans la comparaison entre cette étude et celle du Professeur Chapman qui ne montre pas d’augmentation de cancer du cerveau dans la population australienne depuis la mise en place de la téléphonie mobile.

Dans cette médiatisation il y a deux articles qui sortent du lot, ceux des pure player Huffington-post et Atlantico. Le premier annonce clairement la couleur avec une photo extraite de la série Better Call Saul avec le personnage Chuck portant une couverture de survie. À l’intérieur, on retrouve l’interview du professeur Veyret (ancien de l’ICNIRP), spécialiste des ondes depuis 30 ans et qui temporise en reprenant grosso modo les arguments mentionnés précédemment. Mais aussi qu’il y aurait une anomalie statistique car le groupe contrôle n’aurait développé aucun cancer ou encore que l’effet-dose n’est pas suffisant perceptible. De plus les normes d’exposition globale sont de 0.08 W/kg comparé à l’exposition des rats qui allait jusqu’à 6 W/kg.

Sur Atlantico, c’est Anne Perrin (AFIS/SFRP) accompagnée de deux autres scientifiques dont encore un membre de l’ICNIRP qui vont en remettre une couche le 11 juin dernier (sûrement que l’article sur l’AFIS ne devait pas suffire…) . Les auteures estiment que les résultats « sont très étonnants et en contradiction avec des nombreuses études animales antérieures ». Plusieurs aspects sont mis en cause, la longévité accrue des rats exposés par rapport au groupe contrôle ou encore une fois le faible taux de cancer qui pourrait être des faux positifs. En conclusion, elles considèrent que le « NTP et le NIEH alarment inutilement la population sur un danger des portables en communiquant les résultats préliminaires d’une étude réalisée dans des conditions d’exposition qui n’ont rien à voir avec celles engendrées par la téléphonie mobile ».

La palme revient néanmoins au site pourquoidocteur.fr qui malgré tout un tas de scientifiques et de journalistes spécialisés ne sont même pas capables de traduire correctement une ligne en Anglais. Durant l’étude, le cycle d’exposition des rats était de 10 minutes, 10 minutes d’exposition puis 10 minutes sans, sur une durée de 18 heures pour éviter l’effet thermique, soit l’équivalent de 9 heures d’exposition continuelle par jour. Dans l’article on peut lire ceci : « c’est le corps entier des rats qui a été exposé à des radiations inimaginables pour un humain puisque les rats ont été exposés tout au long de leur vie, 18 heures par jour », ce qui n’est pas trop la même chose, et le pire c’est que OuestFrance a recopié cette ânerie…

Alors certes, vous ne serez jamais exposé à 9 heures d’exposition à 6W/kg par jour, mais il faut quand même aussi tempéré ceux qui vous annoncent que le portable est limité à un Débit d’Absorption Spécifique de 2W/kg et qu’il est généralement situé en dessous de 1W/kg. Ce que certains oublient de vous dire c’est que le DAS est calculée avec un téléphone au maximum de sa puissance mais à une distance entre 5 et 25 mm du corps, et quand vous mettez certains téléphones à même le corps les mesures passent jusqu’à 7W/kg en communication comme l’indique l’ANSES dans son dernier rapport, c’est donc à relativiser…

La comparaison entre l’étude australienne du professeur Chapman et cette étude est assez douteuse, comparer une étude épidémiologique avec des limites méthodologiques comme l’extrapolation de la consommation des utilisateurs et une étude de provocation dans un milieu maîtrisé me laisse un peu perplexe, en revanche il est clair que le modèle animal n’est pas forcément identique au modèle humain. Concernant la différence des taux d’incidences des cancers entre les mâles et les femelles, au lieu d’être vu comme une anomalie, pourrait être vu comme une confirmation d’un effet biologique qui agit différemment selon les sexes.

En ce qui concerne les pontes qui vous annonce qu’il n’y a pas de quoi s’en faire, il faut là encore relativiser, par exemple le Professeur Veyret à fait partie de l’ICNIRP, il a fait 30 ans de recherche sur les effets des ondes électromagnétiques sans parler qu’il a fait partie du comité scientifique de Bouygues Télécoms. Que se passerait-il si tout d’un coup toutes les conclusions de vos recherches seraient remises en cause ou que les normes que vous promouviez, ne seraient au final pas si protectrices pour la population et pourraient engendrer un scandale sanitaire, personnellement je ne serais pas enchanté d’être du mauvais côté de la barrière et je freinerais des quatre fers pour que rien ne bouge.

Au lieu de voir une opportunité pour tenter de comprendre les effets des ondes, on médiatise ceux qui remettent toujours en question les possibles effets des ondes. Pourtant, on pourrait y voir une nouvelle piste de faire le lien entre les études épidémiologiques qui démontrent un lien statistique entre consommation de portable et neurinome acoustique, et les schwannome du cœur de ces rats qui ont comme point commun les cellules de schwann, et donc pourrait orienter la recherche entre exposition aux radiofréquences et cellules nerveuses sur le long terme. Au lieu de ça, on reste dans l’expectative et c’est toujours « business as usual »…

@+ Jay

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