Californie : Des recommandations mal assumées

Source : « New records show how state reworked secret cell phone warnings » – sfchronicle.com – 19 mai 2017
Auteur : Melody Gutierrez, Journaliste du Chronicle. Email: mgutierrez@sfchronicle.com Twitter: @MelodyGutierrez

Sacremento – Des documents publics viennent d’être publiés et démontreraient que les autorités sanitaires de Californie ont travaillé pendant 5 ans sur une suite de recommandations afin de prévenir le public au sujet des dangers potentiels de l’utilisation du téléphone portable, réactualisées pas moins de 27 fois, en prenant en compte les nouvelles données scientifiques, pour finir par être abandonnées sans en rendre compte au public jusqu’à ce qu’un juge impose leurs publications.

Les 27 versions de ces recommandations, obtenues par Le Chronicle, montrent que les autorités sanitaires ont effacé une section entière qui alertait les fonctionnaires sur l’utilisation du portable et le risque de cancer du cerveau accru lié à son utilisation sur le long terme. La version finale des recommandations ne comprenait plus que divers avertissements au public sur l’exposition aux champs électromagnétiques provenant des mobiles. Cela incluait une liste de bonnes pratiques pour minimiser son exposition.

Joel Moskowistz, un chercheur dans le domaine de la santé de l’université de Berkeley, a initié les poursuites contre l’État de Californie pour faire publier ces documents. Il indiqua que les autorités ne devraient pas faire de la rétention d’information sur ce genre d’avertissement au public. Les avocats représentant l’État se sont défendus en prétendant que la publication de ces recommandations pourrait causer une panic inutile.

« C’est pour des raisons purement politiques que ces recommandations n’auraient pas été publiées, la recherche scientifique confirme ces informations ».

La juge Shelleyanne Chang ordonna que l’État de Californie devait mettre à disposition la dernière version des recommandations datant de 2014 en mars dernier. La semaine dernière, dans la continuité des poursuites, la juge a forcé les autorités sanitaires à restituer toutes les versions précédentes.

L’origine du débat au sein de cette institution n’est pas clair, ni sur le fait s’il y a eu des influences externes.

Le Chronicle a soumis en mars une requête auprès de cette institution sanitaire afin d’avoir accès aux différents documents et mails liés au fait que ces recommandations n’aient pas été rendues publiques, et pouvoir ainsi se rendre compte s’il n’y pas eut de collusion externe. Ce fut encore un refus sous le prétexte que cela violerait le secret professionnel.

Peu d’informations sont disponibles à propos des efforts de cette institution pour créer puis abandonner ces recommandations, on peut néanmoins en trouver dans le procès de M. Moskowitz ou encore dans les documents récemment publiés.

La première version des recommandations, datant de 2009, indiquait que les récentes études scientifiques sur l’utilisation du téléphone portable et du DECT « suggèrent qu’après 10 ans d’usage intensif, il y aurait une augmentation du risque de tumeur maligne du cerveau et un type de tumeur bénigne au niveau de l’oreille interne, se logeant plus particulièrement du coté de la tête où le téléphone était habituellement placé ». Le département d’État fédéral a vérifié ces éléments, la division de contrôle des maladies environnementales et professionnelles (CDC) a décrit ce phénomène dans une « méta-analyse non publiée », et dont les conclusions se rejoignent avec les études scientifiques. Le même discours sur les effets à long terme a été intégré dans les versions ultérieures, mais pas la partie sur le consensus des résultats scientifique faits par cette division.

La première version incluait cette information : « Bien que tous les utilisateurs intensifs de téléphone portable et de DECT n’auront pas de tumeur au cerveau, le nombre de patients ayant cette pathologie qui serait pris en charge par les hôpitaux pourrait augmenter et représenter un coût significatif pour la société, que ça soit en souffrance, en coût médical ou encore en coût économique, que l’on souhaiterait éviter », elle fut supprimée par la suite.

De plus, cette première mouture relevait que le risque de tumeur était assez faible, mais que l’utilisation intensive à long terme des portables et des téléphones fixes sans-fil pourrait être assez notable pour devenir « un sujet pour le régulateur ». Cet aspect a été une nouvelle fois supprimé dans les versions suivantes.

Les premiers documents intégraient une section destinée aux fonctionnaires, qui elle aussi a été supprimée. Elle détaillait des mesures que les employés d’État pouvaient prendre pour limiter le risque de cette exposition, comme réduire le temps de travail qui requérait l’utilisation du téléphone portable, éviter l’acquisition de téléphone fixe sans-fil pour le bureau et s’assurer que les employés utilisaient bien un kit mains libres.

La question des enfants a été aussi évoquée dans la première version :  » Ne pas autoriser les enfants à utiliser leurs téléphones portables, à l’exception faite des cas d’urgence ». La dernière version sera beaucoup plus modérée : « Les parents devraient limiter l’utilisation du portable à leurs enfants aux SMS, aux appels importants et en cas d’urgence ».

M. Moskowitz « voudrait savoir pourquoi cela a été supprimé », les parents devraient être avertis de ces recommandations.

Le département de santé publique de Californie déclina notre demande d’interview, ne s’exprimant qu’à travers un communiqué de presse.

« Les brouillons de ces recommandations sur l’utilisation du téléphone portable n’étaient qu’une tentative d’évaluation des connaissances scientifiques sur les champs électromagnétiques de type radiofréquence et de fournir des options aux gens qui voudraient réduire leurs expositions », indiqua ce communiqué.

Le département de santé publique indiqua au Chronicle en Mars dernier qu’ils avaient abandonné la publication de leurs recommandations car l’agence fédérale avait déjà publié les leurs sur le même sujet en 2014. Mais ces dernières étaient elles-mêmes sujettes à controverse.

Dans la version du CDC, mise à jour en 2014, on pouvait lire ceci : « nous recommandons la prudence dans l’usage du téléphone portable », mais cette recommandation a été supprimée quelques semaines plus tard.

Les investigations de l’année dernière du New York Times, qui portent entre autres sur l’examen de 500 pages de documents internes au CDC, ont révélé que la nouvelle orientation sur cette problématique a été opérée en 3 ans, mais peu de temps après la publication, des dissensions au sein de cette organisation ont remis en cause ce changement de politique. Les recommandations ont une nouvelle fois changé en 2014 et indiquent la chose suivante : « Certaines organisations recommandent la prudence quant à l’utilisation du téléphone portable. Des recherches scientifiques supplémentaires doivent être menées afin que l’on sache si l’utilisation du téléphone portable peut avoir un effet sanitaire ».

L’espoir de M. Moskowitz est que l’État de Californie décide d’adopter et de publier les recommandations de son propre département de santé publique.

« À mon avis, il vaut mieux tard que jamais », le public a le droit d’avoir accès à ces informations, d’autant plus que cela a été payé par le contribuable ».

Le communiqué de presse de l’État de Californie indique pourtant qu’il n’est pas prévu de publication de ces recommandations sur son site internet.

@+ Jay

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4 réflexions sur “Californie : Des recommandations mal assumées

    • Personnellement je préférais que vous en copiez une partie et que vous renvoyez vers l’article original par la suite, j’aurais la sensation de ne pas travailler pour rien, mais bon après vous faites ce que vous voulez 😉

      ++ Jay

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