DAS : Vers la fin de l’illusion ?

Dans le domaine des radiofréquences, plus précisément dans le secteur de la téléphonie mobile, on assiste à un paradoxe, d’un côté, la transparence de la technologie du fait de son essence même et de l’autre, une forme d’obscurantisme dès que l’on s’intéresse un tant soit peu à l’encadrement de son utilisation.

Le débit d’absorption spécifique (D.A.S.) est l’indice exprimé en Watts par kilogramme qui permet, en théorie, de connaître l’exposition engendrée par l’utilisation de son téléphone portable. Dans la réalité, c’est la norme NF-EN-50566 de mai 2013 qui encadre cette mesure. Dans celle-ci, on retrouve une limite qui est de 2 W/Kg (corps et tête) afin d’éviter le seul effet des radiofréquences qui fait consensus du point de vue scientifique, l’effet thermique.

Mais curieusement, une disposition dans ces normes permettait d’effectuer les mesures avec une distance de tolérance, jusqu’à 25 mm. Quand on sait que l’exposition est inversement proportionnelle au carré de la distance de la source, pour faire court, plus vous éloignez le téléphone de votre corps, plus votre exposition diminue drastiquement et dans le cadre du modèle de mesure, plus le DAS devient faible.

Ce qui fait que nous avions pour chaque téléphone sur le marché, deux paramètres lors du test qui étaient différents, le niveau d’émission et de par le fait, l’exposition qu’il engendre, mais en plus, la distance à laquelle ils avaient été testés. Il n’était donc tout simplement pas possible avec cette norme d’utiliser ce DAS comme point de comparaison entre les différents appareils alors qu’il est censé être affiché dans toutes les boutiques…

Mais là n’était pas le plus gros grief que l’on pouvait faire à cette norme, car cela permettait en plus aux industriels de pouvoir dépasser la valeur-limite de 2 W/Kg tout en restant conforme. Il est généralement rare que les gens se posent la question de la distance qu’ils doivent mettre entre leurs têtes et leurs téléphones, et pourtant en les mettant à même le corps, il s’avérait que pour certains d’entre eux, cette limite soit dépassée, et pas qu’un peu.

C’est ce qu’avait révélé en partie l’agence nationale de sécurité sanitaire française (ANSES) dans son rapport intitulé « Exposition aux radiofréquences et santé des enfants » publié en juillet 2016. Elle indiquait dans celui-ci que « parmi les 95 téléphones mobiles prélevés par l’ANFR, 89 % d’entre eux mesurés au contact du corps présentaient un DAS supérieur à 2 W/kg et 25 % un DAS supérieur à 4 W/kg ».

La seule inconnue, c’était la liste des mesures des différents portables que possédait l’agence national des fréquences (ANFR) et l’ANSES mais qui n’avait pas été publiée jusqu’à présent. C’est le dr. Marc Arazi, ancien élu local de la ville de Nogent sur Marne, qui va s’atteler à cette tâche et il va s’ensuivre différentes procédures administratives afin de rendre cette liste publique.

Cette demande ne fut pas aussi aisée qu’il n’y paraissait, ping-pong entre l’ANSES et L’ANFR, refus de cette dernière renouvelé à plusieurs reprises en juillet 2016, requête auprès de la commission d’accès aux documents administratifs (CADA) qui lui donne raison en novembre 2016 mais L’ANFR ne semble toujours pas motivé à divulguer ces informations. Il ira jusqu’au tribunal administratif en déposant une ordonnance en référé en février 2017 mais cette dernière sera rejetée.

Malgré ce revers judiciaire et contre toute attente, l’ANFR finira par diffuser en juin dernier les fameuses données concernant les mesures à même le corps et indiqua dans un communiqué : « Dans un souci de meilleure information du consommateur, l’ANFR publie en open data les résultats des mesures qu’elle a réalisées entre 2012 et 2016 sur 379 téléphones portables ».

Et comme l’avait révélée l’ANSES, un nombre assez conséquent de portables dépassent les 2 W/Kg au niveau du DAS mesuré à même le corps et peu de marques semblent épargnées. On notera au passage la palme qui revient au PRO 881A de Polaroid qui obtient un DAS de 7.42 W/kg, à contrario c’est le Thomson TH 1035M qui a le DAS le plus faible avec une mesure à 0.602 W/kg

Alors, il ne faut pas non plus tomber dans l’alarmisme primaire, les téléphones sont testés dans le pire cas de figure lorsqu’ils émettent à pleine puissance mais il n’en reste pas moins qu’il faut éviter les conduites à risque, c’est-à-dire lorsque le portable est utilisé en mouvement et qu’il doit accrocher les différentes antennes-relais, ou quand il capte mal, dans tous les cas, l’éloignement du corps reste la solution la plus fiable pour minimiser son exposition.

En revanche, on peut sérieusement se poser la question de la pertinence de cette norme validées au passage par l’institution européenne. Certains ont comparé cette norme comme une tromperie à la hauteur du scandale Volkswagen. C’est en fait bien pire car dans le cas présent, la « triche » avait carrément été intégrée dans la norme elle-même.

On pourrait se dire que c’est un problème purement européen, mais l’affaire de Berkeley démontre que c’est une question internationale. Cette ville de Californie a imposé aux revendeurs de téléphonie mobile d’afficher un avertissement comme quoi il ne fallait pas placer son portable allumé à même le corps sans quoi il est possible que l’exposition engendrée dépasse les seuils fixés par la Commission Fédéral des communications (FCC).

Malgré tout, il semble que le législateur européen se soit réveillé un peu sur cette question puisque la norme a été modifiée suite à une requête de la France et depuis le 25 avril 2016, une distance de 5 millimètres a été fixée pour tous les téléphones portables. On peut désormais comparer l’exposition entre les différents modèles, par contre, on n’aura toujours pas l’exposition à même le corps. À défaut de connaître son exposition réelle, il faudra soit se munir d’une règle pour vérifier la distance minimale ou plus simplement d’un kit mains-libres et bien penser à ne pas mettre son portable dans l’une de ses poches.

@+ Jay

Source : arazi.fr

Pour approfondir :

lelanceur.fr : Téléphones portables : “Il y a tromperie sur les informations affichées”
Lefigaro.fr : Ondes: les téléphones portables « conformes » (ANFR)
Santemagazine.fr : Téléphones portables : les mesures de DAS sont conformes
01net.com : DAS : ces smartphones de 2016 qui ne pourraient plus sortir aujourd’hui
Multinationales.org : Exposition aux ondes : les tests biaisés des fabricants de téléphones portables
Journaldelenvironnement.net : Téléphones: banc d’essai ou banc de touche?
Allo-medecins.fr : Téléphones portables et respect des normes
Lequotidiendumedecin.fr : Téléphonie mobile : après la publication des données de l’ANFR, le Dr Marc Arazi (ex Priartem) pointe des irrégularités

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4 réflexions sur “DAS : Vers la fin de l’illusion ?

  1. Merci pour cet article.
    A propos du kit mains-libres, pour ce qui me concerne, les rares fois où je me sers d’un portable, le moins nocif pour moi est le haut-parleur: pas de contact, même si on ne peut quand même pas s’éloigner à plus de 50cm, sinon, on ne vous entend plus! Avec l’oreillette (pourtant filaire), c’est l’horreur, comme si les champs émis par le téléphone étaient transmis par le fil (de cuivre, je suppose) directement au plus près du cerveau. Je fais part de cette expérience en me disant que je ne suis sans doute pas la seule et parce que cette recommandation de se servir d’un kit mains-libres me paraît aberrante.

    • C’était pas un article qui avait vocation à cibler les électrosensibles particulièrement puisqu’en général, l’éviction du téléphones me parait logique pour nous autres. Concernant le kit mains-libres, il en existe avec la technologie air-tube, peut être que ça serait plus supportable, à tester….

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