New York Times et l’étude du NTP : défendre l’indéfendable

Crédit photo : Jleon

Déconstruction du titre du New York Times

Comment un reporter du New York Times peut justifier un titre aussi trompeur sur un sujet d’aussi grande importance

Généralement, nous ne pouvons que spéculer, mais dans le cas présent, et grâce à la persévérance d’une défenderesse de la santé publique, nous pouvons faire la part des rationalisations et des distorsions qui sont en jeu.

C’est le titre en question :

Une étude sur les risques du portable liés au cancer a constaté
des « preuves relatives », au moins chez le rat mâle.

Il trône tout en haut de l’article de William Broad, un des membres de la rédaction du Times, qui a traité le sujet du rapport final de l’étude scientifique du programme national de toxicologie (NTP), une étude animale d’ampleur dont le coût s’est monté à 30 millions de dollars et a duré pas loin de 10 ans, qui portait sur l’évaluation des risques de cancer associé avec les radiations du téléphone portable.

Les guillemets sont très importants. Ils indiquent que « preuves relatives » sont des termes employés mot pour mot et impliquent que cette étude n’a pas réussi à prouver définitivement qu’il y avait la présence d’un risque cancérogène. Si ça avait été le cas, les termes « preuves évidentes » auraient été employés.

Et pourtant c’est bien ce qui a été trouvé. Le NTP a prouvé qu’il y avait des preuves évidentes que les radiations du téléphone portable pouvaient causer le cancer et il l’a même indiqué dans son communiqué de presse.

La directrice exécutive de l’association Environmental Health Trust (EHT), Theodora Scarato, a écrit une série de mail au reporter jusqu’à ce qu’il daigne répondre. Parmi les différentes questions posées à William Broad, il y avait celle-ci : Pourquoi le titre se réfère à « relatives » plutôt que preuves « évidentes » de cancer ?

Dans sa réponse, le journaliste maintient qu’il ne voit rien d’incohérent avec son titre. Voilà sa réponse :

« L’enjeu principal pour ce sujet est la question des tumeurs au cerveau et c’est là-dessus que notre article met le focus car c’est ce qui intéresse nos lecteurs. De façon naturelle, les gens mettent leurs téléphones portables au niveau de leurs têtes, et pas au niveau de leurs cœurs (au contraire des rats, qui n’avaient pas trop le choix et ont été irradiés sur l’ensemble du corps dans cette étude). je ne vois rien ici qui devrait faire l’objet d’un quelconque changement. Nous avons détaillé les différentes constatations de l’étude comme vous l’avez vous-même fait : des « preuves relatives » de cancer au cerveau versus des « preuves évidentes » de cancer au cœur. Encore une fois, nous avons donné la priorité sur la question des cancers du cerveau dans notre article car c’est ce qui préoccupe nos lecteurs ».

William Broad est un reporter chevronné dans le domaine scientifique, et il voudrait nous faire croire qu’il a adapté son discours pour répondre aux attentes de ses lecteurs. Mais l’information principale n’était pas que les rats avaient des tumeurs au cerveau ou même qu’ils avaient des tumeurs malignes au niveau du cœur. La clé du sujet était qu’ils avaient développé des cancers. Un titre sérieux aurait été que le téléphone portable peut causer le cancer.

Une décennie de dénie

J’ai couvert le sujet des cancers liés aux radiations électromagnétiques depuis 40 ans, et depuis bien avant que le téléphone portable soit d’actualité. Durant cette période, la suggestion que n’importe quelle radiation de type non ionisante (CEM et RF) puisse causer le cancer a toujours été tourné en ridicule.

Même John Bucher, le responsable de l’étude du NTP, prédisait avant même le commencement de cette expérimentation que rien n’allait en ressortir. Il a outrepasser ses préjugés car c’était la seule chose à faire.

Le journaliste du Times a longtemps promu l’idée que les thèses qui liaient cancer et les radiofréquences provenaient de la science de mauvaise qualité. Il y a près de 30 ans, quand Paul Brodeur a sorti son livre intitulé « Currents of Death« , le reporter l’a qualifié d’ « alarmiste » et est allé jusqu’à faire un parallèle entre sa thèse et les discours complotistes concernant « la présence de vaisseaux extra-terrestre sur terre ». La ligne de défense de William Broad est devenue de plus en plus compliquée à défendre lorsque l’agence de recherche sur le cancer (CIRC) avait classifié les radiofréquences comme possiblement cancérogène pour l’homme.

L’affirmation du reporter qu’il donne à ses lecteurs est doublement tendancieuse car les tumeurs du cœur et du cerveau constaté dans le cadre de l’étude NTP chez le rat touchent les mêmes types de cellules. C’est le même type de cancer, juste des organes différents (voir aussi : plus qu’une coïncidence). Cette similitude aurait dû être mise en avant au lieu de la planquer sous le tapis. Ce journaliste a perdu l’opportunité, tout du moins négligé son devoir, d’informer les lecteurs du New York Times sur les risques potentiels.

William Broad indiqua à Theodora Scarato que son article aborde aussi bien la question des « preuves relatives » de cancer du cerveau mais aussi de la « preuve évidente » de cancer du cœur. C’est bien vrai mais ça n’est évoqué qu’à la fin des 19 paragraphes de l’article, et de plus indirectement, dans le contexte de la déclaration de la FDA qui a elle aussi tenté de désavouer le projet entier du NTP.

Et enfin, il y a aussi la mention « au moins chez les rats mâles » dans le titre. Ce qui réduit encore plus la pertinence de l’étude par rapport à la santé humaine, dénigrant l’une des règles centrales de la toxicologie sans aucune explication.

Au final le reporter aurait dû écrire : »pas de panique, c’est juste une autre étude sur les téléphones portables. »

@+ Jay

Source : MicrowaveNews – Defending the Indefensible

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