Effets biologiques des ondes : la science à la carte

Comment la recherche sur les hyperfréquences et la barrière hémato-encéphalique a été stoppée, encore une fois… Rétrospective pour l’occasion des 80 ans du professeur Leif Salford.

Leif Salford a célébré son anniversaire le 7 décembre dernier. Un professeur émérite de l’université suédoise de Lund et un brillant neurochirurgien, il a passé la majorité de sa carrière à traiter les patients atteints de cancer du cerveau. À travers les années, sa frustration ne fit qu’augmenter car trop souvent, il était dans l’incapacité de les sauver avec son scalpel.

En 1987, Le professeur Salford tomba sur un article scientifique dans les Lettres de Neuroscience d’un groupe de confrères de l’université d’Ontario ouest, qui constatèrent que les rats qui étaient exposés à l’équivalent d’un scanner IRM (Imagerie par résonance magnétique) avaient des changements au niveau de leurs barrières hémato-encéphalique (BHE). La BHE est une membrane qui filtre les substances toxiques présentes dans la circulation sanguine afin qu’elles ne se retrouvent pas dans le cerveau. Ce n’est pas un mur infranchissable, il peut y avoir des fuites. Les scientifiques canadiens ont signalé que quelque chose en lien avec les expositions aux champs électromagnétiques durant les scanners IRM ont augmenté la perméabilité de la BHE chez les rats. Elle devient plus poreuse.

Si les micro-ondes (RF) qui étaient utilisées dans les IRM en étaient la cause, alors le professeur Salford pensait qu’il était possible d’ouvrir la BHE en utilisant ce type de radiation à des points précis et administrer des traitements médicaux afin de tuer les tumeurs sans qu’une chirurgie soit nécessaire. C’est ainsi que la seconde carrière de ce scientifique commença. Il collabora avec Bertil Persson, un professeur de radio-physique de Lund, tous deux se penchèrent sur cette question des ondes et de la BHE pendant 20 ans.

Les expérimentations sur les rats de ces scientifiques ont confirmé, au moins à eux-mêmes, que les micro-ondes, parfois à des doses très faibles, pouvaient altérer la perméabilité de la BHE. Avec l’aide d’un autre collègue de l’université de Lund, Arne Brun, un professeur de neurochirurgie, ils ont démontré que des agents chimiques qui atteignaient le cerveau pouvaient tuer des neurones.

Leif Salford, Bertil Persson et Arne Brun (en partant de la gauche) en 2003.

Alors que l’utilisation du téléphone portable explosait dans les années 90, ce qui avait commencé comme un possible nouveau traitement contre le cancer se retrouva dans une controverse sanitaire majeure. Des milliards de gens plaçaient un émetteur de micro-ondes près de leurs cerveaux, et certains pendant de longues périodes. Que se passerait-il si ces ondes endommageaient les cellules nerveuses du cerveau, pouvaient-elles mener à la maladie d’Alzheimer ou d’autres maladies neurodégénératives ?

Salford et Persson ont voyagé à travers le monde, présentant leurs résultats à des groupes de travail scientifique et à des conférences. Ils ont publié des articles scientifiques revus par des paires. Tous ceux qui faisaient des recherches dans le domaine des ondes et de la santé sont familiers avec leurs travaux sur la BHE.

Salford lui-même est difficile à louper dans les réunions, à la fois amical et génial, c’est le convive parfait lors des dîners, il parle notamment avec un accent anglais à couper au couteau.

À la fin des années 2000, Salford et Persson se mirent en retrait et sans eux, l’intérêt des micro-ondes et de la BHE s’estompa. Le point charnière arriva quelques années plus tôt, dans une réunion participative en 2003 qui prit place au château de Reisensburg, à 30 km de la localité d’Ulm, en Allemagne.

Après Reisensburg, la question de la BHE passa de vie à trépas m’indiqua Persson dans un échange de mail.

Les couvertures du livre de Bertil Persson et du programme sur la BHE présenté à Reisensburg

Le mois dernier, durant l’anniversaire du professeur Salford, le professeur Persson le présenta à travers l’aventure scientifique qu’ils ont eue sur la question de la BHE. Il a écrit et publié un court ouvrage pour l’occasion. Le livre inclut non seulement leurs travaux scientifiques, mais aussi comment certains ont essayé de les discréditer. L’espoir de Persson était d’assister à la résurrection de la question de la BHE et des ondes.

Le titre du livre provient d’un extrait du discours du professeur Salford à une conférence donnée à Thessaloniki (Grèce) en mai 2008. « Il est plus probable qu’improbable » que « les champs électromagnétiques à des niveaux non-thermiques émient par les téléphones portables et les stations de bases puissent avoir des effets sur le cerveau humain » selon lui.

C’était une variante de l’avertissement du professeur Salford qu’il avait lancé plusieurs années plus tôt et qui est devenu un « meme » sur la peur latente des micro-ondes. L’adoption à travers le monde du portable est « la plus grande expérimentation biologique à grande échelle jamais conduite », alors avait-il dit au Parlement européen en juin 2000. (copie du powerpoint de sa présentation)

Dernière page de la présentation du professeur Leif Salford faite au Parlement Européen le 29 juin 2000.

c’est l’histoire de scientifiques dans un château

La plus grosse partie du livre traite de ce qui s’est passé à la réunion de Reisensburg. La réunion avait été organisée par la FGF, Forschungsgemeinschaft Funk, l’une des branches de l’industrie des télécoms allemande, mise en place pour superviser la recherche sanitaire. Presque tous ceux qui étaient intéressés par les effets des micro-ondes sur la BHE étaient présents, environ 50 participants en tout. Parmi eux, il y avait Monika Asmuss de l’office allemande de radioprotection (BfS), le promoteur étatique des études sanitaires sur les micro-ondes ; Konstantin Hossman, le directeur de l’institut de recherche neurologique Max Planck de Cologne, où des expérimentations sur la BHE et les ondes ont été effectuées pour le compte de Motorola ; Dariuz Lesczynski du STUK, l’autorité finlandaise de radioprotection ; et Bernard Veyret, le directeur du recherche sur les micro-ondes de l’université de Bordeaux. L’U.S. Air Force a envoyé un de ses membres de la division sur les effets biologiques des énergies dirigées située à Brooks au Texas. Il y avait un large contingent du FGF, tout comme des représentants de NOKIA, T-Mobile et Vodafone. J’étais moi-même invité avec Gerd Friedrich, le directeur général de la FGF, nous avait autorisé à venir.

Les professeurs Salford et Persson étaient au premier abord pas très chaud pour venir à cette réunion participative. « Ils nous ont invité pour nous faire la peau » m’a fait part le professeur Persson lors du dîner du premier soir au château de Reisensburg. « Il y a tellement d’implications politiques, mais nous pensions que nous devions venir ».

Le professeur Salford se montra un jour plus tard, il était avec la reine de Suède et avant de faire sa présentation sur ses recherches scientifiques, il raconta comment elle semblait sensible à ses recherches, il le vit à son regard ». Par la suite, il embraya sur ses travaux, détaillant comment les micro-ondes pouvaient ouvrir la BHE et laisser passer des molécules vers le cerveau ce qui pouvait engendrer des dommages au niveau des neurones. Ils ont publié leurs résultats dans le journal scientifique Environmental Health Perspectives un peu plus tôt dans l’année, d’ailleurs cet article scientifique avait attiré l’attention. (MicrowaveNews avait couvert cette affaire à l’époque).

Leif Salford et Bertil Persson à Reisensburg.

Le casse-tête des micro-ondes

Le Professeur Pierre Aubineau, le directeur de recherche du centre national de recherche scientifique de l’université de Bordeaux, avait décidé à la dernière minute de venir à Reisensburg et on lui avait donné un créneau dans le programme. 2 ans auparavant, lui et sa collègue, le professeur Fatma Töre ont démontré que les radiations des GSM pouvaient laisser passer des protéines des petits vaisseaux sanguin de la dure mère du cerveau aux méninges. Ils avaient émis l’hypothèse que les protéines agissent comme des irritants et ça serait pourquoi les utilisateurs de portable se plaignent d’avoir des maux de tête. « Ces protéines causent des inflammations et des œdèmes, ce qui peut engendrer l’apparition de céphalée » m’avait-il dit à cette période. (pour plus d’info)

Deux mois avant la réunion collaborative, le professeur Aubineau avait soumis un manuscrit[1] au journal scientifique Le Lancet dans lequel il posait l’hypothèse suivante : les micro-ondes pouvaient causer des « événements pathologiques » sur les gros utilisateurs de portables. Mais quand on s’est rencontré durant une pause-café, il était plutôt prompt à me parler de son collaborateur, enfin son ex-collaborateur, le professeur Bernard Veyret.

Le professeur Aubineau donna un peu de contexte. Le professeur Veyret l’avait recruté pour qu’il rejoigne l’équipe qui étudiait les micro-ondes. Suite à sa suggestion, il demanda des subventions gouvernementales pour ses recherches. « J’étais convaincu que je n’allais rien trouver », « il pensait qu’après ça, il passerait à un autre projet et puis c’est tout », mais ça ne s’est pas déroulé comme prévu…

Sauf que des changements biologiques ont été constatés par le professeur Aubineau. Lui et le professeur Veyret ont préparé un manuscrit en vue d’une publication. Mais, de façon inattendue, le professeur Veyret retourna sa veste et demanda à ce que son nom soit enlevé de l’article. Il était le co-auteur des résumés des présentations scientifiques des professeur Aubineau et Töre, maintenant, il ne voulait plus en être. « Bernard n’accepte pas les conclusions », « je suis dégoûté de son comportement et je pense ne plus jamais travailler avec lui » me déclara-t-il lors de la réunion à Reisensburg.

En 2003, le professeur Veyret était le meneur de l’establishment dans le domaine des micro-ondes. Au début de sa carrière, il voulait suivre les pas d’un autre scientifique de Bordeaux, Antoine Prioré, qui proclamait qu’il pouvait guérir le cancer en utilisant les radiations électromagnétiques. C’était il y a fort longtemps, le professeur Veyret était devenu un membre indéfectible de l’école de « l’effet thermique seulement ». 3 ans plus tôt, il avait été élu à la Commission internationale de protection contre les rayonnements non-ionisants (ICNIRP).

Leif Salford faisant une intervention à la réunion collaborative de Reisensburg sur la BHE; Le professeur Veyret, portait une cravate bleu, à droite sur la photo

Comme attendu d’un acolyte de l’ICNIRP, le professeur Veyret refusa de reconnaître que les professeurs Salford et Person avaient démontré un effet non-thermique des ondes. À ce stade de sa carrière, le professeur Veyret n’avait jamais publié sur la BHE.

Il comprit que le professeur Aubineau était, même si c’était indirectement, en train de confirmer les travaux scientifiques suédois. Le professeur Aubineau constatait aussi des fuites, bien que ça ne soit pas dans les mêmes vaisseaux sanguins. Mais ça pouvait être considéré comme une preuve de concept. À chaque fois que le sujet était engagé, le professeur Veyret interrompait les débats lors de la réunion à Reisensburg.

Le professeur Leszczynski du STUK apporta de l’eau au moulin à l’équipe suédoise. Il a identifié les mécanismes moléculaires qui pourraient expliquer la raison pour laquelle les hyperfréquences (radiofréquences) pouvaient mener à l’augmentation de la perméabilité de la Barrière hémato-encéphalique. La plupart des choses qu’il présentait à Reisensburg avaient été publiées dans le journal scientifique Différentiation un an plus tôt. Pour souligner le fait que ce qui était constaté n’avait rien à voir avec un quelconque effet thermique, le titre de son article scientifique commençait par : « Activation non-thermique… »

Les organisateurs de la réunion collaborative avaient invité David Begley du groupe dédié à la BHE du King’s College de Londres afin de servir de rapporteur informel. « Je suis reparti de cette réunion convaincu plus que jamais qu’il y avait des effets liés aux hyperfréquences » indiqua-t-il à la fin de la session. Le docteur Begley considéra comme particulièrement singuliers et convaincants les résultats des recherches du professeur Leszczynski, « Les résultats de Dariusz sont frappants, ils démontrent très clairement des effets biologiques » avait-il déclaré.

Néanmoins, le Dr Begley ne sauta pas à pieds joints sur une quelconque conclusion définitive. Il voulait en savoir plus, « nous avons ces observations mais nous ne savons pas si c’est si important ? Est-ce que c’est vraiment significatif ? »

Le professeur Salford était en accord avec ça: Plus de travail doit être fait. « Nous devons élucider la chose », « je serais très heureux si d’aventure ce que nous constatons n’a finalement aucun impacte sur le cerveau humain ». Mais il a insisté, « nous devons savoir si c’est dangereux ». Il est particulièrement inquiet par rapport à l’usage du téléphone portable par les enfants.

De la même manière, le professeur Leszczynski pensait la même chose. Pour lui, n’importe quelle « conclusion définitive » serait trop prématurée. Lui aussi, à cette époque, exprima le besoin de réaliser de nouvelles études scientifiques sans attendre afin de clarifier cette question.

L’argent coule à flot sur Bordeaux

Après Reisensburg, les professeurs Leszczynski, Persson et Salford se sont éloignés de la recherche sur la BHE. Ils furent tous à court d’argent.

Tout comme Aubineau, il passa son chemin et ne s’est plus jamais intéressé à ce sujet. « Je suis fatigué de travailler dans ce domaine, c’est plus politique que scientifique » me déclara-t-il alors qu’il était sur le chemin du retour. « Je vais prendre ma retraite et aller faire de la navigation en Turquie ». C’est exactement ce qu’il a fait. Le professeur Aubineau n’a jamais publié son article scientifique qu’il avait soumis au Lancet. Il se mit à l’écart et je n’ai plus jamais entendu parler de lui.

À l’inverse, certains ont réussi à retirer les marrons du feu. Après la réunion collaborative de Reisensburg, le laboratoire du professeur Veyret a été submergé de budget pour la recherche sur la BHE. Dans les mois qui ont suivi, la BfS a attribué à Isabelle Lagrove, un membre senior du groupe de recherche de ce laboratoire, une subvention de 300 000€ pour un budget de 3 ans de recherche pour répliquer les travaux scientifiques de Salford et Persson. France Télécoms (NDLR : devenu Orange) et Bouygues Télécoms ont aussi subventionné aussi ce laboratoire pour faire des expérimentations similaires.

Durant la même période, deux acteurs majeurs de l’industrie des télécommunications, le Mobile Manufacturers Forum (MMF) et la GSM Association, ont donné aussi de l’argent pour faire des études sur les effets des ondes sur la santé.

À la fin de chaque projet, le groupe de Bordeaux est arrivé aux mêmes conclusions : ils n’ont vu aucun effet délétère autre que ceux causés par l’effet thermique. Le journal scientifique préféré pour leurs publications, le Radiation Research, qui a un long historique pour avoir publié des résultats négatifs sur les effets non-thermiques. (John Moulder, un membre de ce journal scientifique qui servait de « gardien du temple », avait une autre facette en étant consultant pour l’industrie des télécoms).

« Nos résultats de notre étude n’ont pas pu confirmer les résultats de l’étude Salford et al. », ce fut les conclusions des professeurs Lagrove et Veyret qu’ils ont rapporté dans un article sur leurs travaux en 2009 pour le compte de la MMF et la GSMA. Leur rapport final pour la BfS, finalisé deux ans plus tôt, arrive aux mêmes conclusions : « Les résultats de l’étude Salford et al. ne sont pas confortés ».

Étrangement, le groupe de Bordeaux a pris 9 ans pour publier les travaux du projet BfS. Ils sont apparus finalement dans un rapport scientifique en 2017. Il n’y avait quasiment rien de nouveau dans cet article qui n’avait jamais été déjà mentionné dans le rapport du professeur Lagrove de 2007 pour la BfS. Dans les remerciements, Monika Asmuss a été citée, c’était le manager de la BfS durant cette période, cette dernière était membre de l’ICNIRP.

À travers les années, Mme Asmuss a aussi supervisé une douzaine de subventions de recherche pour le compte de la BfS destiné aux recherches d’Alexander Lerchl, un scientifique allemand qui a dédié sa carrière à ridiculiser les effets sanitaires des ondes et d’attaquer tous ceux qui étaient en désaccord avec lui.

Pas de fuite en vue pour L’U.S. Air Force

Le groupe de recherche USAF[2] de la base de l’air force de Brooks a elle aussi fait des expérimentations sur la barrière hémato-encéphalique. Patrick Mason était en charge et nous vendait un projet d’étude multicentrique. Mais quand l’article scientifique a été publié en 2009, seuls les membres de l’air force étaient cités. Personne ne fut surpris qu’ils n’aient rien trouvé non plus. L’équipe de chercheurs a déclaré « qu’en utilisant la même approche expérimentale, nous n’avons pas pu confirmer les résultats » des professeurs Salford et de ses collègues.

L’article de l’USAF a lui aussi été publié dans le journal scientifique Radiation Research. Il a passé le cap de l’évaluation collégiale à une vitesse stupéfiante, moins de 6 semaines. Les deux articles du laboratoire de Bordeaux ont mis près de 7 mois avant d’être acceptés.

ICNIRP : « un effet, quel effet ? »

Dix-huit mois plus tôt, en mai 2020, l’ICNIRP a fait une mise à jour de ses normes d’exposition aux micro-ondes. C’est la première révision depuis 20 ans, et elle inclut une analyse de 9 pages de littérature scientifique sur la question sanitaire. Les limites d’exposition de l’ICNIRP ne prennent en compte que les risques liés à l’effet thermique car elle n’a jamais reconnu un quelconque effet non-thermique. Seules 4 lignes sont dévolues à la question de la BHE :

« Il y a aussi des rapports que les champs électromagnétiques de type hyperfréquence induiraient des fuites d’albumine à travers la barrière hémato-encéphalique chez les rats, mais du fait des limites méthodologiques des études et des échecs de reproductibilité indépendante afin de vérifier ces résultats, il n’y a toujours pas de preuve d’un effet ».

Le travail du groupe du professeur Salford a été cité une fois, mais aucun des auteurs de ces « tentatives ratées. »

Le professeur Veyret est parti de l’ICNIRP en 2012 après y avoir siégé pendant 12 ans, le maximum autorisé. Isabelle Lagrove qui est décrite comme experte scientifique de l’ICNIRP en 2009 est toujours active au sein de la commission. Le principal sponsor de l’ICNIRP, et de loin, est la BfS.

Comme un air de déjà vu

Les professeur Salford et Persson n’étaient pas les seuls à démonter que les micro-ondes pouvaient altérer la perméabilité de la BHE, c’était la deuxième fois[3]. La première fois, c’était avec le scientifique Allan Frey, le même qui s’est illustré dans les dernières affaires concernant le syndrome de la Havane. Dans ce contexte, l' »effet de frey » fait référence à la découverte qu’il était possible d’ « entendre » les micro-ondes pulsées.

Les fuites induites par les micro-ondes au niveau de la BHE est l’autre effet de frey qui a été rapporté dans les annales de l’académie des sciences en 1975. « Il semble que l’énergie électromagnétique des hyperfréquences peut affecter la perméabilité et le comportement du cerveau » d’après le chercheur.

Les motivations d’Allan Frey étaient les mêmes que le professeur Salford : « Le fond de ma pensée était d’ouvrir la BHE afin de traiter les tumeurs au cerveau avec des médicaments comme le methotrexate ».

Le travail de ce scientifique a été mis sous le tapis par l’U.S. Air Force et l’U.S. Navy. Nicholas Steneck a mis en lumière cet événement dans un livre en 1984, Le débat des micro-ondes (The Microwave Debate [4]). À cette époque, ce dernier était professeur d’histoire de l’université du Michigan (il en est devenu professeur émérite.)

Allan Frey Nicholas Steneck

Allan Frey, toujours indépendant, persista et étendit son travail à la barrière de l’humeur vitrée des yeux, une barrière similaire à la BHE. En 1981, dans une conférence à Washington DC, j’ai entendu ce scientifique comment les micro-ondes pouvaient causer des fuites là aussi. Ceci, tout comme les maux de têtes envisagés par le professeur Aubineau, est une indication supplémentaire de l’hypothèse que les micro-ondes peuvent engendrer des fuites dans des membranes biologiques.

L’U.S. Navy a essayé de stopper Allan Frey de publier son travail sur la barrière de l’humeur vitrée de l’œil (ça aussi a été rapporté dans le livre de M. Steneck). L’article scientifique est finalement apparu en 1984 dans le journal scientifique « The Journal of Biolectricity », qui a été fondé par Andrew Marino quelques années plus tôt afin de servir d’alternative au journal Bioelectromagnetics qui lui était contrôlé par la Navy.

Le professeur Frey conclue son article sur la barrière de l’œil par souligner qu’il y avait d’autres membranes similaires qui peuvaient être de la même manière impactées. « Il est à noter qu’il y a d’autres barrières hématiques dans le corps qui pourraient en subir les conséquences, l’une d’entre elle est le placenta et cela mérite une certaine attention ».

Pour synthétiser l’affaire du professeur Frey et de la barrière hémato-encéphalique, c’est encore Nicholas Steneck qui le résume le mieux en dénonçant la communauté scientifique qui laisse des « pressions économiques, politiques et sociales » ruiner la crédibilité des recherches scientifiques.

Source : MicrowaveNews.com
Traduction de l’article : Abandoning Inconvenient Science du 10 janvier 2022

_________________________

Durant la rédaction de cet article, j’ai demandé au professeur Leszczynski, qui est maintenant en préretraite, de me résumer ce qui est arrivé à lui et aux autres scientifiques concernant la deuxième vague de travaux sur la barrière hémato-encéphalique. « Elle a été intérompu prématurément » m’a-t-il répondu, c’est « une branche de la recherche qui est complétement abandonnée. »

Les professeurs Salford et Persson ne sauraient être plus en accord avec ces propos.

_________________

1. Le professeur Aubineau a donné une copie de son manuscrit au professeur Leszczynski, qui lui même nous l’a transmis

2. James Merritt de la base aérienne de Brooks, l’un des antagonistes d’Allan Frey durant la fin des années 70, était le co-auteur de la tentative ratée de réplication du professeur Mason des travaux de Salford 30 ans plus tard. Merritt est mort en 2019.

3. Depuis ces années, d’autres ont étudié les interactions entre la BHE et les micro-ondes. Plus récemment, les professeurs Bahriye Sirav et Nesrin Seyhan du centre de radio-protection des radiations non-ionisantes d’Ankara en Turquie, ont aussi rapporté des effets. Vous pouvez voir leurs articles de 2009 et de 2011 publiés dans le journal scientifique Electromagnetic Biology and Medicine et un autre en 2016 dans le journal de Neuroanatomy. « Ce centre est situé à l’université de Gazi, le professeur Seyhan est parti à la retraite depuis.) Ces articles et d’autres, publiés entre 2007 et 2017 ont été synthétisés dans une revue scientifique des effets neurologiques des hyperfréquences effectuée par Henry Lai (CRC Press, 2018). Une étude chinoise de 2015 publiée dans le Brain Research renforce un peu plus les travaux précédents sur la perméabilité de la BHE liée aux hyperfréquences mais aussi sur les mécanismes trouvés par le professeur Leszczynski.

4. N. Steneck, The Microwave Debate, MIT Press, 1984, Chapitre 7, page 169-176.

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