Le double jeu de l’ANSES sur les radiofréquences

Après le rapport du COPIC sur l’exposition des populations aux radiofréquences en juillet 2013, c’est au tour de L’ANSES de rendre sa méta-analyse sur les possibles effets sanitaires des ondes. Encore une fois on se retrouve avec un rapport assez timoré sur les recommandations à mettre en place et qui ne remet pas en cause les normes d’émissions actuelles alors qu’il met en relief un faisceau d’indices que les ondes ne sont pas sans effet sur les organismes sans arriver à justifier la réelle nocivité de ces technologies sans fil.

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Et un rapport de plus

Il s’est écoulé pas moins de 5 ans depuis la dernière mise à jour de la méta-analyse en 2009 par l’ANSES concernant l’impact des radiofréquences sur la santé. Cette agence avait pris une position forte dans sa communication, revendiquant qu’il fallait une réduction des expositions, alors que dans les faits le rapport ne mettait pas en évidence un fort risque pour la santé, seul une minorité d’études dont l’une d’entre elles indiquait une modification du cycle de vie des cellules in vitro. Malgré ce changement de position assez audacieuse à l’époque qui aurait pu insuffler une nouvelle façon d’implémenter les technologies sans fil dans nos vies quotidiennes notamment à travers la création du grenelle des ondes mais qui au final va accoucher de mesurettes et diverses commissions qui non aucunement changé les règles du jeu sur la régulation des ondes.

Entre-temps plusieurs événements sont arrivés dont l’avis de l’OMS qui a classé les radiofréquences dans la catégorie 2B comme cancérigène possible en 2011. Autre rapport rendu, celui du COPIC en septembre 2013 qui devait faire un état des lieux des expositions de la population des émissions d’ondes issu des antennes-relais qui avait démontré une exposition modéré en générale mais néanmoins a mis en exergue l’existence d’expositions atypiques (PPE) dans certains cas. Du côté législatif, la proposition de loi n°531 du député Laurence Abeille est actuellement dans les tuyaux et justement en attente entre autres des conclusions de ce rapport afin de savoir s’il faut modifier ou non les normes actuelles.

C’est dans ce contexte que l’ANSES a finalement rendu son rapport sur l’impact des ondes sur la santé ce 15 octobre, ce qui lui aura pris 2 ans d’expertise pendant lesquelles près de 300 études ont été analysées. Et il faut bien le dire, le ton est beaucoup plus mesuré dans sa communication de presse que la dernière fois, malgré le fait qu’il y ait plus de signaux démontrant des effets sur l’organisme auquel vient s’ajouter la prise en compte de l’étude épidémiologique sur le risque accru de l’apparition de gliome pour les utilisateurs intensifs du téléphone portable. Cela démontre un changement de cap très net de cette agence vis-à-vis de la nocivité potentielle des ondes qui est difficilement explicable en l’état étant donné que le faisceau de preuves des effets des ondes sur la santé s’agrandit un peu plus comparé au précédent rapport.

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Effets biologiques et cancer possible

Concernant les effets biologiques, le rapport met en relief plusieurs effets des radiofréquences sur les fonctions cognitives, le sommeil et la reproduction. Néanmoins ces effets sont caractérisés comme limités, c’est-à-dire qu’ils ne démontrent pas un risque sanitaire avéré sur l’homme mais ça ne veut pas dire non plus qu’il n’y a aucun risque, seulement qu’il est incertain. En ce qui concerne les effets cognitifs on retrouve une amélioration limitée de la mémoire sur les souris. Des effets sur le sommeil ont été constatés, l’étude conjointe entre l’INERIS et l’université Jules Vernes a démontré que même à une faible exposition (1V/M), des souris avaient leurs cycles de sommeil plus fractionnés que le groupe témoin mais ça ne signifie pas que cela engendre des problèmes de sommeil à proprement dit. Toujours sur le sommeil il a été constaté sur l’homme une augmentation de la puissance spectrale de l’électroencéphalogramme et une modification du cycle de sommeil. Enfin aucun effet sur la fertilité masculine chez l’homme a été trouvé mais néanmoins certaines études sur les animaux démontrent une altération du sperme ou encore l’apparition de réaction auto immune qui pourrait conduire à l’infertilité.

Pour ce qui concerne les cancers chez l’homme, le rapport a dû prendre en compte des études épidémiologique qui démontreraient une augmentions des cancers du cerveau de type gliome sur les utilisateurs intensifs du téléphone portable, c’est-à-dire plus de 30 minutes par jour pendant 10 ans, ce qui correspond à une exposition cumulée de 1640 heures et qui engendrerait une augmentation de moins de 20% d’avoir un gliome. Autre cancer, celui du neurinome acoustique qui est caractérisé comme limité dans la conclusion à cause de l’étude interphone de 2011 qui démontre une augmentation des cas de cancer et l’étude de Cohorte de Benson et Al. en 2013 qui laisse ouverte la possibilité d’une augmentation de ce type de cancer. Paradoxalement dans le tableau récapitulatif, les preuves pour ce type de cancer est caractérisé comme insuffisant. Pour ce qui est des autres cancers comme les leucémies, le cancer des glandes salivaires, mélanome cutané ou oculaire aucune preuve d’un lien de causalité entre les radiofréquences et ces cancers ont été mis en évidence.

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Nocivité non avéré mais des risques existent

Avec l’étude sur les utilisateurs du portable intensif qui induirait l’apparition de gliome au niveau du cerveau, l’ANSES n’avait pas d’autre choix que de faire des recommandations afin de réduire les risques même non avérés pour les gros utilisateurs et les jeunes populations. Concernant les enfants, elle recommande notamment « de réduire l’exposition des enfants en incitant à un usage modéré du téléphone mobile et en privilégiant de plus le recours au kit main-libre et aux terminaux mobiles de DAS les plus faibles ». En ce qui concerne les plus gros consommateurs de téléphonie mobile il faut juste « recourir au kit main-libre et aux terminaux mobiles de DAS les plus faibles ». Autant dire que l’ANSES a fait des recommandations a minima, au lieu et en place de simple conseil sur les modes d’utilisations des terminaux, elle aurait pu recommander une réduction de leurs normes d’émission ou encore la mise en place d’une veille sanitaire sur les cas de gliome afin de valider si oui ou non les radiofréquences en sont responsables mais non, rien de tout ça.

Concernant les antennes, on continue d’assister à un vrai jeu d’équilibriste de la part de l’ANSES, d’une part les téléphones portables sont possiblement cancérigène dans le cas d’utilisateur intensif mais alors que penser de ces antennes-relais qui dans certains cas, nous exposent aux mêmes doses et pendant une période qui peut aller bien au-delà des 30 minutes d’exposition ? C’est là qu’on assiste à une stratégie de bottage en touche par cette agence qui se dédouane en recommandant de traiter les points atypique, c’est-à-dire les expositions qui sont plus fortes que la moyenne constatée (PPE dans le rapport du COPIC) donc in fine de réduire l’exposition et de recommander ce qui a déjà été fait par le COPIC, une étude de faisabilité de l’abaissement des seuils d’exposition par la multiplication des antennes-relais, mais aucune recommandation pour une quelconque modification des normes.

Tout naturellement une recommandation pour changer les normes d’expositions du public aurait dû être intégrée au rapport afin de garantir au public, que son exposition soit, au mieux, inférieur à celle d’un portable en communication quel que soit le lieu où il se trouve puisque possiblement cancérigène après un certain temps d’après leur rapport. Oui mais non, et par un moyen détourné, elle a conforté les normes actuelles qui sont issues du décret de 2002 qui donne la possibilité aux opérateurs de téléphonie mobile de générer une exposition à des valeurs pouvant allez jusqu’à 61 V/M selon les fréquences, autant dire bien plus importante qu’une exposition à un simple portable. Au lieu et en place d’affirmer que les normes sont protectrices pour la population, elle nous a sorti une petite pirouette en indiquant qu’il fallait simplement étendre cette norme à tous les équipements qui sont susceptibles d’émettre des radiofréquences, sans vraiment appuyer les normes actuelles, une façon de confirmer les normes sans vraiment s’impliquer. On est en droit de se demander si ce rapport n’est pas un justificatif pour l’exécutif pour qu’il puisse mettre un terme à toute initiative parlementaire visant à modifier les normes actuelles et spécialement dans la perspective des débats liés à la proposition de loi n°531.

Que la réglementation actuelle concernant l’exposition de la population générale aux champs électromagnétiques émis par les équipements utilisés dans les réseaux de télécommunications ou par les installations radioélectriques (décret n° 2002-775 du 3 mai 2002) soit étendue aux autres sources d’émissions artificielles de rayonnements radiofréquences pour lesquelles la conformité aux valeurs limites d’exposition ne peut être établie a priori.(P.29)

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Rapport plus politique que scientifique

En effet on se demande clairement la raison de cette modération alors que les preuves s’accumulent sur les radiofréquences et personnellement je pense que le travail parlementaire en cours qui vise entre autres la régulation des antennes-relais en instaurant le principe ALARA, principe qui vise à réduire les expositions aussi bas que possible, n’est pas à écarter. À terme, 3 rapports vont déterminer la façon dont le législateur va traiter le sujet des ondes et qui vont permettre d’évaluer le bénéfice/risque des radiofréquences, le rapport du COPIC, celui de l’ANSES et enfin un rapport gouvernemental. Le premier a aboutis à la conclusion qu’il faudrait 3 fois plus d’antennes pour atteindre l’abaissement des expositions à 0.6 V/M, donc économiquement non-viable, l’ANSES qui donne donc des conclusions rassurantes et enfin un rapport commandé par Matignon à Jean-François Girard et Philippe Tourtellier qui doit être remis en fin d’année.

Cette méthode qui repose sur l’avis d’un panel d’étude aurait pu être un bon moyen de statuer sur les ondes mais c’est sans compter le fonctionnement de nos institutions et des intérêts qu’elles protègent. Nos agences qui sont dites indépendantes, ne le sont pas tant que ça puisque les dirigeants sont pour la plupart des hauts fonctionnaires issus des mêmes écoles et nommés par les politiques pour bons et loyaux services. Exemple avec le directeur générale de L’ANSES Marc Mortureux, polytechnicien, directeur de cabinet de Luc Chatel, ex député à la Consommation et à l’Industrie. Si vous demandez les intérêts en jeu, c’est simple l’état a des parts dans la société Orange a hauteur de 26.9% et dont le directeur général est un ancien directeur de cabinet de Christine Lagarde sous le même régime. Elle reçoit des dividendes de cette société, 27 milliards en dix ans, des revenus des licences, 3.5 milliards pour les licences de la 4G et il ne faut pas oublier que la téléphonie à une grande place dans l’économie actuelle, 39 milliards d’euros de chiffre d’affaires au titre de l’année 2012.

Du côté scientifique, c’est pas tout rose non plus, une information se trouvant à la page 35 du rapport est un peu intrigante, elle indique que le docteur Elysabeth Cardis, présidente du groupe de travail sur les radiofréquences a « pour des raisons personnelles, pas participé aux délibérations du groupe de travail de 2013, n’a pas évaluée les données, ni la préparation du rapport et n’est pas en position d’endosser ses conclusions ». Ce n’est que des spéculations mais ça pourrait très bien être une mise à l’écart ou une divergence d’opinions ce qui pourrait jeter une légère suspicion quant à la réalisation de ce rapport. Concernant ce rapport, autant je ne remets pas en doute les compétences des scientifiques qui ont réalisé cette méta-analyse, autant les recommandations me semblent incohérentes avec le faisceau d’indice scientifique qui s’accumule depuis le dernier rapport en 2009. Un rapport en demi-teinte donc et qui va certainement profiter aux détracteurs qui s’en serviront pour limiter toute initiative trop entreprenante dans le domaine des ondes, Autant dire que les radiofréquences ont encore un bel avenir en France et pour pas mal de temps.

@+ Jay

PS: Pour finir sur une note un peu plus gaie voici une caricature fait par Flock sur cette actualité, vous retrouvez ses œuvres toutes les semaines sur clubic.com.

flock_ondes_cancer

Liens officiels :

Rapport de l’ANSES : AP2011sa0150Ra.pdf
Communiqué de presse : PRES2013CPA18.pdf

Associations :

Priartem.fr : Radiofréquences et santé. Rapport de l’ANSES : des avancées sur la reconnaissance des risques ?
Asef-asso.fr : Ondes électromagnétiques : Les médecins de l’ASEF s’interrogent sur le rapport de l’ANSES

Médias :

PcInpact.com : Radiofréquences : peu de danger selon l’Anses, Robin des Toits déçu
numerama.com : Ondes : pas d’effets avérés sur la santé, mais mesures de précaution souhaitées
tomsguide.fr : Les ondes n’ont pas « d’effet avéré » sur la santé selon l’Agence nationale sanitaire
clubic.com : Radiofréquences : l’Anses évoque des effets biologiques mais sans conséquences sur la santé
lemonde.fr : Ondes : pas d’effets avérés sur la santé, mais mieux vaut limiter son exposition
Bfmtv.com : Ondes: pas d' »effet avéré » sur la santé
01net.com : Le téléphone mobile peut provoquer des tumeurs cérébrales, selon l’Anses
journaldunet.com : Ondes : l’Anses met en garde les utilisateurs intensifs de mobiles
journaldunet.com : Ondes : l’Anses met en garde les utilisateurs intensifs de mobiles
Leparisien.fr : Ondes électromagnétiques : pas de preuve d’effet sur la santé, selon l’Anses
sciencesetavenir.nouvelobs.com : Radiofréquences : pas de risques avérés
Huffingtonpost.fr : Ondes électromagnétiques: pas d’impact « avéré » sur la santé malgré des effets biologiques, selon l’Anses
20minutes.fr : Ondes: Robin des Toits «déçu» par le rapport de l’Agence sanitaire
Lesechos.fr : France : L’exposition aux radiofréquences doit être limitée-Anses
actu-environnement.com : Ondes électromagnétiques : l’évaluation de l’Anses n’arrive-t-elle pas trop tard ?

Analyse de M. filterman : Un rapport de dénigrement des études scientifiques étrangère, très fortement discutable, où on parle des portables, pour ne pas parler des antennes relais...

Videos :


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6 réflexions sur “Le double jeu de l’ANSES sur les radiofréquences

  1. Si ca peut réconforter, la France me semble plus en avance que le Canada ou les USA sur ce dossier. Les enjeux économiques sont très importants et c’est un peu « normal » que ça coince pour ces raisons.
    Ici Hydro-Quebec (équivalent EDF) installe actuellement massivement des compteurs d’électricité WiFi.

    • Depuis la France j’ai pas trop le même point vue, on est un peu en retard concernant les compteurs intelligents mais on va s’y mettre rapidement rassurez-vous, ERDF/EDF est en train de déployer le compteur Linky, et les autres fournisseurs d’énergie vont s’y mettre aussi. Pour le reste c’est du pareil au même, au niveau antenne, on est bien fournit et le pire c’est que les opérateurs ont obligation de couvrir tout le territoire, ce qui ne laisse pas d’échappatoire pour ceux qui sont les plus sensibles …

    • si j’ai bien compris les normes max d’exposition au Canada serait 10/Wm2, ça correspond à grosso modo à 60V/m donc à priori c’est les mêmes normes qui sont données à titre indicatif par l’Organisation mondial de la santé.

      C’est dommage qu’il fasse si froid dans le nord du canada sinon je serais bien parti faire une cure sans ondes la bas :).

      • Tres probablement pas nécessaire d’aller complètement au nord mais il faut s’écarter des zones urbaines & environnantes. Entre les USA et le Canada qui ont des territoires très vastes, il doit y avoir plusieurs zones non couvertes car ayant une très faible densité de population. L’Australie a aussi un territoire très vaste qui ne peut être complètement couvert. Zone d’exclusion de fait.
        L’Europe a en général des densités élevées de population sur son territoire. Reste peut être les montagnes suisses …

      • Vous avez raison sur le fait que les pays d’Amérique du nord seraient une possibilité pour s’installer dans des régions pas trop exposées, reste la question de l’émigration qui pour le coup risque d’ être compliqué, déjà en temps normal c’est pas simple alors quand on est électrosensible, ça ressemble plus à un casse tête qu’autre chose …

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