Un électrosensible aux Glénans

Toujours à la recherche d’une solution de vie qui soit compatible avec ma pathologie, je continue de faire de nouvelles expériences qui pourraient répondre à mon problème de santé, mais les solutions s’amenuisent de plus en plus. Sachant que je ne peux pas vivre dans les grandes métropoles sur le long terme, et quand bien même je trouverais un lieu satisfaisant je ne serais jamais certain qu’un émetteur ne pointe le bout de son nez un jour, l’itinérance est semble-t-il la seule solution pour rester en France. Pour l’instant, j’avais deux idées en tête, vivre en camping-car ou dans un bateau mais je n’ai aucune expérience dans ce domaine. Pour combler cette lacune je viens de faire un stage aux Glénans afin d’évaluer la faisabilité d’un projet voile mais il va s’avérer que ce n’est pas aussi simple qu’il n’y parait.

glénan-paimpol

Ça faisait un bon moment que j’avais en tête de me mettre à la voile, comme avec la plongée, j’avais mis ce projet en stand-by quand j’avais acheté une maison en Bretagne. Étant donné que j’avais fini par la vendre, j’ai remis au goût du jour ce projet et c’est comme ça que je me suis inscrit aux Glénans pour faire un stage découverte croisière côtière à Paimpol pendant une semaine. J’aurais eu la possibilité de faire ce type de stage en deux semaines mais j’ai eu peur que ma condition d’électrosensible ne me permette pas d’aller jusqu’au bout mais je vais finalement le regretter car la première semaine permet d’avoir les acquis de base en voile, alors que là, j’ai dû apprendre les bases et la navigation en même temps ce qui a été assez compliqué vu mes problèmes de mémoire à court terme et mon trouble de la concentration. J’ai ainsi passé deux semaines en Bretagne, la première semaine que j’ai consacrée à la plongée afin de finaliser le cursus loisir que j’avais entamé ces derniers mois et la seconde consacrée à la voile.

Le stage s’est déroulé du 21 au 27 juin, le rendez-vous était donné à 14 heures sur la base des Glénans qui se trouve juste en fasse du Quai Pierre Loti. Là, je suis pris en charge par les deux chefs de bord, Rémy et Ludo qui vous nous enseignez l’art de la voile pendant la semaine à venir. Je vais faire connaissance en même temps de l’équipage avec qui je vais partager la vie pendant les 7 prochains jours, en tout nous serons 4 stagiaires, Amandine une interne en traumatologie, Alain, un cadre chez Emmaüs et Vincent un aide-soignant, accessoirement pompier volontaire. Tout ce petit monde sera sous les ordres de Ludovic, on naviguera en escadre avec 4 autres stagiaires dont Rémy sera à la tête. Je vais prendre connaissance du bateau sur lequel nous allons naviguer, un Dufour 325 dénommé Karabine, j’avais des craintes sur les outils de navigation qui pouvaient être susceptibles de me provoquer des désagréments liés à mon électrosensibilité mais il n’y aura qu’une VHF et un réflecteur de Radar Passif, ça aurait pu être plus problématique s’il y avait eu un radar qui aurait balancé des ondes constamment durant notre périple.

La première nuit ne fut pas de tout repos, nous avons pris nos quartiers dans le bateau, personnellement je vais dormir temporairement dans le carré car Ludo ne dormait pas avec nous, une petite couchette va me servir de lit. Outre le fait que j’ai connu des sommiers plus confortable, c’est surtout les séquelles de la plongée de la veille qui vont m’être préjudiciable, mes bras me font terriblement mal, le fait de porter les bouteilles et le lestes m’ont complètement ruiné les biceps et impossible de trouver une position confortable. Je finis par m’endormir et le lendemain on lance les préparatifs du départ, on commence par planifier les repas de la semaine et de prévoir la nourriture nécessaire qui nous sera livrée un peu plus tard, ensuite ça va être au tour de faire l’inventaire du bateau. Durant cette matinée nous allons être spectateur d’une tentative de suicide d’un vieux monsieur dans le port, et c’est Ludovic aidé de Simon, un membre de l’équipage de l’autre navire faisant partie de notre escadre qui vont sauver ce pauvre homme, paradoxalement j’ai été scotché alors que la semaine précédente j’avais finalisé une formation qui m’apprenais à faire un sauvetage en mer …

carabosse_trebourden

Je ne sais pas si cette tentative de suicide était un mauvais signe mais le départ ne fut pas des plus réussi, à peine sortie du catway, Ludo se rend compte que la marche avant du bateau ne fonctionne pas. Un bateau avec pour simple propulsion la marche arrière ce n’est pas ce qu’il y a de mieux, obligé d’accoster à l’arrache sur une barge en face des pontons, pendant la manœuvre, on a failli perdre Alain qui en descendant du bateau s’est retrouvé pris en sandwich entre celui-ci et la barge. Il s’est rattrapé aux filières du bateau et s’est entamé l’intérieur de la main, mais ça aurait pu être beaucoup plus grave … Il va s’avérer que c’est la manette des gaz qui est HS, après avoir contacté le chef de base qui va ramener les pièces de rechange, on va pouvoir repartir avec une bonne heure de retard. La loi de murphy étant ce qu’elle est, le passage de l’écluse du port ne s’est pas fait sans mal non plus, le voilier à chassé de l’arrière et la proue du bateau s’est collé contre l’une des parois et le davier a frotté, Ludo a repris les choses en mains, mais c’est une galère de plus, la suite du voyage sera un peu moins mouvementé.

Par la suite on va rentrer dans le vif du sujet, moi qui n’ait aucune connaissance dans le domaine de la voile à part le balisage que j’ai appris lors du passage du permis bateau, je vais être servi. Entre la mise en marche du bateau, le vocabulaire qui ressemble à une langue étrangère, les différentes configurations pour avancer et les différents nœuds à connaitre, ça fait pas mal de chose à intégrer dans une période assez courte. Le problème, c’est que j’ai tendance à apprendre qu’en faisant des erreurs et que Ludo quand il est en mode « chef de bord » ne laisse rien passé, ce qui va être un peu préjudiciable par rapport à ma compréhension de la voile. En même temps, le nautisme demande de la rigueur et les accidents peuvent assez vite arriver, un stagiaire anglais qui était dissipé en a fait l’amère expérience. De plus, j’ai eu le mal de mer une partie du voyage, alors que je ne l’avais jamais eu auparavant, l’accumulation de la fatigue, surtout quand on doit ce lever à 5 heures du matin en raison des marées pour pouvoir sortir du port et que l’on ne puisse pas dormir car j’étais à côté d’un gros ronfleur et ça faisait un cocktail détonnant.

A part le désagrément des ronflements d’Alain, la vie à bord se passe étonnamment bien malgré l’hétérogénéité de l’équipage, chacun a bord à trouvé sa place que ça soit dans les tâches ménagères ou dans la préparation du bateau. Alain va s’avérer être un cordon-bleu (caviar d’aubergine, Tchoutchouka) et va finalement préparer une bonne partie des repas alors qu’a l’origine c’était à tour de rôle. Ludovic, qui était assez strict durant la navigation, ce lâche complètement le reste du temps avec pas mal de vannes graveleuses et Vincent qui en rajoutait des couches, Amandine qui aurait pu être choquée n’était pas la dernière à leur emboîter le pas, la vie avec ses colocs et médecine l’a bien rodé à ce genre d’humour. Personnellement je vais rester un peu retrait, je n’ai pas le luxe de me faire des relations sociales et ça tombe bien comme j’suis asocial ça ne va pas trop être compliqué. Je n’ai rien dit au sujet de ma pathologie, je ne voulais pas passer pour la bête noire de l’équipage et comme ce n’était pas des addicts du téléphone portable ça ne s’est pas trop mal passé. Les seuls désagréments que j’ai eu c’est lors du mouillage au port de Trebeurden où j’ai mes acouphènes qui ont augmenté, ma dermatose qui s’est réveillée et ma paresthésie qui s’est déclarée durant le peu de fois ou la VHF a été utilisée.

trebeurden_Aurore

Au final durant l’aller-retour entre Paimpol et Plougasnou nous avons parcouru 150 miles nautiques pendant cinq jours. Nous avons eu un temps magnifique pour un mois de juin, à peine une journée où nous avons eu un petit crachin breton. Mais tout à une fin et nous avons fini la dernière journée à prendre le repas dans le Bateau de Ludovic qu’il est en train de retaper avec pour projet de faire une transatlantique. C’est l’heure de ce dire adieu, j’ai eu un petit pincement au cœur en quittant l’équipage de Karabine mais il faut que je continue ma route, je n’ai pas encore trouvé de solution à l’électrosensibilité mais la voile aurait pu être une partie de la réponse si seulement j’avais eu assez de temps pour approfondir mes connaissances dans ce domaine, ce qui risque de ne pas être le cas car mes acouphènes vont devenir de plus en plus intenables dans les mois qui viennent. L’idée de rester dans un camping-car au fond d’une forêt en plein hiver ne m’inspire pas des masses, mais c’est soit ça, soit je quitte la France.

@+ Jay

Tips : Je vois qu’il y en a pas mal qui sont intéressés par les croisières organisées par les Glénans, je vais vous donner quelques conseils. Ça va de soit mais pensez à la crème solaire, Biafine, lunette de soleil solide (j’ai pété les miennes durant mon stage …), les médicaments anti-mal de mer, les gants, un ciré, des boules quies, une lampe frontale et une petite trousse de soin, normalement c’est des pré-requis demandés lors de l’inscription mais c’est indispensable. Si vous voulez vraiment vous mettre à la voile, et apprendre un minimum de base, vous pouvez commander leur guide, certes onéreux mais ça permet d’appréhender le vocabulaire plus rapidement que durant le stage surtout si vous faites la croisière niveau 1 ou vous êtes mis dans le grand bain directement. Vous pouvez aussi acheter des protections pour les genoux de type volley car on se les ruine sur la surface rugueuse du bateau quand on borde le foc. Autre petit conseil, les ongles pas trop longs sinon vous risquez de vous les casser et après ça devient vite désagréable. Penser aussi à des jeux de cartes pour le soir, enfin quelque chose pour s’occuper en communauté, ça permet d’avoir une meilleure cohésion et donc une meilleure vie à bord ce qui est un des paramètres les plus importants pour que le stage soit une réussite 🙂 .

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2 réflexions sur “Un électrosensible aux Glénans

  1. Pauvre Jay. Je pense que votre stage s’est mal passé tout simplement. que le formateur aurait dû bien vérifier le bateau avant que vous ne quittiez le plancher des vaches, et donc il était moins crédible à vos yeux. Pour vous il y a eu un vrai problème de confort qui a altéré vos capacités d’apprentissage…
    Je suis une fille de voileux (au pluriel depuis de nombreuses générations) et j’ai été baignée dedans depuis ma sortie de maternité. Il est vrai qu’il n’est pas évident de vouloir skipper un bateau habitable alors qu’on n’a jamais navigué… ! Il vous faut peut être un stage adapté à votre état. Il y a une association qui fait naviguer des handicapés à l’Estaque (13) mais je ne sais plus comment elle s’appelle.
    Je crois aussi que vous pourriez vous entraîner avant à la navigation sur dériveur. C’est moins stressant, C’est plus près des côtes mais on peut aussi l’exercer sur des lacs (moi, j’ai appris l’optimist sur le lac de Mervent en Vendée) proches de forêts et donc peut-être « hors champs ». Il faut éviter les stations balnéaires en haute saison à cause des portables.
    Vous n’êtes peut-être pas obligé non plus de vivre sur un grrrros bateau. Il y en a des plus petits (donc plus maniables, avec une bôme plus légère ;-), des insubmersibles… tout dépend de combien de personnes il faut loger… il y en a des en alu (qui font cage de faraday à condition de ne pas toucher le mat qui fait antenne), il y en a des vieux en bois, bourrés de vieux câbles électriques et d’autres sans électricité (ni commodités ;-)…Si vous n’étiez pas ehs, je vous conseillerais de passer un jour ou deux au salon nautique pour recueillir toutes les infos nécessaires. Ben non vous ne pouvez pas, moi non plus pour les mêmes raisons…heureusement qu’il y a internet.
    Il y a des gens qui vivent sur des voiliers et qui les utilisent comme des bateaux à moteur et qui vivent dans les calanques, au mouillage. Ca peut-être un premier pas dans le nautisme.
    Il y a peut être aussi possibilité de naviguer qq jours avec un skipper professionnel (qui accepterait d’éteindre son portable à moins de s’éloigner de 1 mile du bateau avec l’annexe… à la godille)… qui vous enseignerait le minimum vital sans vous emm…er avec le détail dont vous n’auriez pas forcément besoin dans un premier temps. Et qui serait dispo à 100% pour vous. Un cours particulier, quoi ! renouvelé tous les mois ou deux mois par ex, tout dépend de votre budget !
    Si j’avais un bateau, je vous emmènerais mais malheureusement, loin de la mer, mari et enfants nauséeux quand ils quittent le plancher des vaches…. le mauvais scénario, quoi !
    Bon courage !

  2. Désolé pour la réponse tardive mais je me suis aperçu en corrigeant les fautes de l’article que je ne vous avais pas répondu, toutes mes excuses. En ce qui concerne Ludo il était tellement chiant sur les consignes de sécurité que j’ai du mal à croire qu’il a fait la vérification du bateau à l’arrache. Pour les autres conseils concernant la voile, pour l’instant c’est un peu en stand-by mais la voile comporte un risque : celui de s’échouer et de tout perdre, donc ça sera vraiment si je n’ai plus le choix.

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