Pourquoi je ne participerais pas à l’étude Cochin

Jusqu’à maintenant je ne savais pas trop quoi penser de cette étude Cochin, je n’avais comme information que des brides ou des déclarations comme celles du Professeur Aurengo mais pas assez pour me faire vraiment une idée claire et précise de ce que je pourrais en retirer. Je m’étais même mis dans l’idée d’y participer, peut être que cela aurait été une expérience positive mais voilà que certaines associations, notamment celle de PRIARTEM et du collectif des électrosensibles de France, ont expressément demandé au ministère de la Santé que les modalités de cette étude soient rendus publique. Et c’est ce qui s’est passé ce 21 mai ou une description détaillée de l’étude a été mis en ligne sur clinicaltrials.gov qui est un site d’agrégation d’information concernant des études scientifiques. Premier frein, tout est en anglais car les études non-anglophones ne sont pas publiable en l’état alors pour un ancien informaticien ce n’est pas insurmontable mais ceux à l’origine de cette publication auraient pu faire l’effort de fournir ces informations en français, l’étude est déjà assez mise à mal comme ça pour pas en plus ajouter un soupçon d’obscurantisme … (traduction ici)

Étude qui se base uniquement sur une hypothèse psy

Rentrons dans le vif du sujet, je qualifie cette étude comme spéculative car elle se base sur une hypothèse non vérifiée, et ce n’est pas moi qui le dis, le titre est on ne peut plus explicite la dessus :

« Évaluation d’un suivi thérapeutique de patients présentant une intolérance environnementale idiopathique attribuée aux champs électromagnétiques« .

ce qui veut dire que cet essai clinique vérifie si un suivi thérapeutique peut résoudre une intolérance environnementale aux champs électromagnétique dont on ne connaît pas la raison. Et par suivi thérapeutique il faut comprendre thérapie comportementale donc ce qui prime c’est purement l’aspect psychologique et rien d’autre. La mise en place de cette thérapie n’est donc fondée que sur l’hypothèse que l’électrosensibilité aurait pour origine un désordre mental et non un effet secondaire lié à une exposition aux ondes.

Concernant la thérapie comportementale voici une définition qui ne laisse pas de doute à ce que je viens de mentionner plus haut :

La thérapie cognitivo-comportementale est une thérapie brève, validée scientifiquement, qui vise à remplacer les idées négatives et les comportements inadaptés par des pensées et des réactions en adéquation avec la réalité. La TCC aide à progressivement dépasser les symptômes invalidants, tels les rites, les vérifications, le stress, les évitements, les inhibitions, les réactions agressives, ou la détresse à l’origine de souffrance psychique. Source

Une des question que je me pose, c’est comment valider une thérapie scientifiquement sans avoir connaissance des signes cliniques de cette intolérance ? Autre question, si c’est une intolérance, comment peut-on traiter cela avec une thérapie comportementale, on ne traite pas une intolérance alimentaire avec une séance chez le psy, la seule question auquel cette étude ne répondra pas directement, l’électrosensibilité est-elle psychosomatique ou est-elle liée à une intolérance physiologique aux champs électromagnétique et quels symptômes la définissent, un des points crucial mais dont les différentes phases de cette étude sont loin d’y répondre comme vous allez pouvoir le constater.

Des questionnaires, un dosimètre et un physicien

On commence par une première visite ou le patient va remplir un dossier médical, une évaluation de l’impact psychologique de l’intolérance aux ondes sera réalisée par un physicien et une psychothérapie sera proposé si nécessaire. Le patient devra remplir deux questionnaires, l’un sur l’évaluation de la qualité de vie et l’autre sur la sensibilité aux champs électromagnétiques.
Après cette première visite, un questionnaire qui a pour but de lister les symptômes liée à l’intolérance aux ondes est rempli pendant une durée de 7 jours par le patient.

Un mois après l’intégration à l’étude, un dosimètre est fournit au patient qui devra le porter pendant une période de 7 jours afin de recueillir son exposition aux champs électromagnétiques. Le dosimètre en question enregistre les expositions aux champs électromagnétiques suivants : TNT ( 174 à 858 MHz), FM (88 à 108 MHz), GSM ( 800MHz à 2600MHz) DECT (1 880 à 1 900 MHz), WIFI (2400MHz), TETRA (380 Mhz à 399.9 MHz). Le patient remplira lors de la même période un questionnaire sur les symptômes qu’il aura développé et dont il attribuera à son intolérance aux champs électromagnétiques.

6 Mois après l’intégration, les analyses des symptômes et de l’exposition aux radiofréquences est remis au patient. Une prise en charge adaptée lui est proposé.
12 mois après l’intégration, les patients complètent à nouveau le questionnaire sur leurs symptômes.
Dernière visite, après 14 mois, les patients passent un examen médical, complètent un questionnaire sur leur qualité de vie et la sensibilité aux champs électromagnétique. Un dossier médical est rempli par le physicien et un entretien entre celui-ci et le patient aura lieu autour des analyses globales et comparatives faites à partir des résultats individuels.

Donc vous l’aurez compris cette étude ce base sur des statistiques faites à partir de symptômes ressentis que l’on va comparer aux analyses réalisés à partir d’un dosimètre qui ne prend pas en compte toutes les bandes de fréquences (50Hz), tout ce qu’il y a de plus scientifique …

Trop de biais possible …

Si cette expérience peut être un cas d’école dans un domaine, c’est bien dans la façon de pouvoir biaiser une étude qui se dit scientifique car vu le nombre de biais que comporte celle-ci on peut se demander comment autant de personne se revendiquant de la science ont pu participer à cette mascarade. Je vais essayer de faire un état des lieux de ce qui peut être volontairement ou non faussé dans cet essai clinique :

Les patients qui vont participer a cette étude vont être soumis à une psychothérapie, c’est-à-dire qu’entre le moment ou les questionnaires sur les symptômes seront rempli en début et en fin de l’expérimentation, une psychothérapie aura été mis en place, qui nous dit que ce n’est pas cette influence qui va jouer sur le ressenti des symptômes qui sera en plus valider par les analyses d’un dosimètre qui n’analyse que les expositions aux hautes fréquences. Ajouter à cela que la maladie peut réellement fragiliser psychologiquement une personne et l’on se retrouve avec des résultats complètement subjectif …

Continuons avec le dosimètre, les analyses des résultats des expositions ne seront probablement pas pertinents car ceux qui ont mis en place cette étude n’ont pas compris comment fonctionnait l’électrosensibilité ou plus certainement basé tout sur l’aspect psychologie. Les analyses ne seront pas judicieuses car les symptômes ne fonctionnent pas comme un interrupteur, ce n’est pas parce qu’à un instant T on est exposé que l’on va déclarer un symptôme immédiatement, c’est un peu plus compliqué que cela. Dans mon cas ça fonctionne un peu comme un quota d’ondes, par exemple je peux passer 1 heure sur mon ordinateur sans que cela me déclenche aucun symptôme, par contre si je cumule un certain nombre d’heures d’utilisation là je vais commencer à ressentir ma paresthésie se réveiller (cf symptômes). Et pourtant dans le cas de l’étude, le dosimètre n’aura rien enregistré au niveau de l’exposition aux ondes et le physicien en conclura que c’est dans ma tête alors que c’est bel et bien l’exposition aux champs électromagnétiques basses fréquences de mon ordinateur qui m’aura déclenché mon symptôme.

Autre type de biais, celui de l’exposition, comment être sûr qu’entre chaque laps de temps qui sépare le remplissage des différents questionnaires sur la sensibilité aux ondes que l’exposition aux ondes subie par le patient sera identiquement la même. Rien puisqu’il n’y a qu’une série de mesure …

En plus de cela une personne se disant électrosensible ne va pas s’exposer comme une personne normale, au contraire même, donc le rayonnement mesuré par le dosimètre enregistrera sûrement un faible rayonnement mais peut-être assez pour provoquer des symptômes mais tellement faible pour le scientifique que ça ne sera pas possible à ces yeux.

Autre questionnement, Il semblerait qu’il y ait un petit conflit d’intérêt dans cette affaire, en effet cette étude est réalisée par les Hôpitaux de Paris (APHP) et certes financée en partie par l’ANSES. Le premier est semble-t-il propriétaire de certains immeubles, hébergeant les services médicaux, mais aussi des antennes-relais sur leurs toits appartenant aux opérateurs télécoms et qui verseraient donc des loyers, donc d’un coté je produit une étude et je récupère des sous de l’ANSES et de l’autre, probablement des sous des opérateurs, on pourrait dire que c’est tout bénef…

Pour finir, je vais peut être passer pour un conspirationniste mais n’importe qui peut se présenter à cette étude, un électrosensible ça peut être monsieur tout le monde, il suffit de dire qu’on est malade des ondes et déclaré avoir des symptômes pour être intégré. Vu qu’il commence à y avoir assez de littérature sur le sujet il est tout à fait possible de s’attribuer des symptômes non-visibles comme les maux de tête, les acouphènes, etc … Donc si un groupe de pression voulait utiliser cette étude à leur avantage, il serait tout à fait possible d’infiltrer un certain nombre de personnes, de les faire déclarer dans les premiers questionnaires que les symptômes sont très importants et de les réduire en fin d’étude. Comme elle porte sur un nombre limité de personne, 79 en tout et pour tout, ça serait assez facile d’influer sur les résultats de l’étude ce qui pourrait amener aux conclusions suivantes : l’électrosensibilité peut se traiter par psychothérapie donc c’est psychosomatique, raccourcie très facile pour éluder le problème des ondes … (ou inversement, ça marche aussi pour les groupes d’ « électrosensibles ».)

Un peu d’anticipation

Pour conclure cette étude n’apportera rien de bon pour les électrosensibles et ne fera pas avancer la problématique des ondes car quelque soit le résultat, elle engendrera au mieux, aucun changement, au pire la confirmation d’un problème psychosomatique. Si l’étude confirme bien que les gens sont malades des ondes, elle est tellement perfectible qu’elle sera balayée d’un revers de main par les scientifiques qui défendent l’innocuité des ondes. À l’inverse si elle met en avant qu’il y ait aucune corrélation entre l’exposition aux ondes et les symptômes et qu’en plus on arrive a démontrer avec les statistiques qu’on peut améliorer la qualité de vie avec une psychothérapie, ça ne fera que confirmer un problème de type psychologique. Toutes les personnes qui se diront électrosensible seront renvoyées vers une psychothérapie, et cette intolérance sera considérée de fait comme un désordre mental et qui ne repose uniquement sur un effet nocebo, c’est-à-dire que les antennes ou les autres émetteurs d’ondes ne sont dangereux que pour l’esprit de certaines personnes.

En ce qui me concerne, ceux qui utiliseront cette étude comme une preuve scientifique que l’électrosensibilité est un problème psychosomatique ne seront ni plus ni moins que des charlatans, ils auront beau avoir une bardée de diplômes, l’étude ne mettra pas en exergue si oui ou non l’électrosensibilité est une vue de l’esprit ou que l’exposition aux champs électromagnétiques pour une minorité de personnes soit un réel problème du point de vue de leur santé.

@+ Jay

Maj 3/09/2017 : Je n’avais pas tilté à l’époque mais le directeur de l’étude, le professeur De Seze, est un membre de l’ICNIRP ce qui pose un léger problème puisque cette dernière défini les normes d’exposition aux radiofréquences, donc quel intérêt aurait ce professeur à dire que celle-ci soient mauvaises… De plus, il s’est déjà fait remarquer dans le reportage « Mauvaises ondes » dans lequel on peut voir qu’il a reproduit une étude du professeur Bastide pour le compte de Bouygues Télécom, a obtenu les mêmes résultats sur des embryons de poulet, en revanche, a dédouané les ondes concernant les effets constatés, qu’est ce qu’il en sera pour cette étude, wait and see, mais c’est tellement prévisible… Ce n’est même pas surprenant de le voir à la tête de ce genre d’étude, pour comprendre réellement les enjeux, voir ce qui ce passe au niveau de l’OMS.

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