Un électrosensible au TCI de Paris

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À l’heure où j’écris ces lignes, faire reconnaître son intolérance aux ondes comme handicap semble être mission impossible. Alors certes, il y a bien des exceptions à la règle comme avec la reconnaissance par le tribunal du contentieux de l’incapacité de Toulouse d’une électrosensible cet été dernier, mais c’est au final, au bon vouloir d’experts médicaux…

Personnellement, j’avais fait les démarches auprès de la MDPH d’Évry, mais comme attendu, le fait que je n’ai pas effectué d’expertise médicale donne lieu à un rejet, plus exactement, à une reconnaissance d’un taux d’incapacité inférieur à 50% mais ce qui revient au même puisqu’en dessous d’un taux de 85%, ça ne donne droit à aucune prestation.

Étant dans une démarche de retour d’expérience, j’ai poussé celle-ci le plus loin possible tant que ça n’entame pas trop mes finances et surtout ma santé. C’est comme cela que dans un premier temps, j’avais fait un recours gracieux mais qui n’avait pas donné lieu à une révision de mon taux d’incapacité, un recours en conciliation dont je n’ai toujours pas eu de retour à ce jour et le recours en contentieux.

Ce dernier étant la première instance juridictionnelle, vous avez donc la possibilité de vous faire représenter par un avocat, si vos finances ne le permettent pas, vous pouvez toujours faire appel à l’aide juridictionnelle. Ayant compris que le revenu des hébergeants étant pris compte ce qui m’aurait écarté d’office pour cette aide (information contredite ici), j’ai décidé au final de me représenter par mes propres moyens, en gros le pire scénario qui soit…

Suite à votre demande de recours en contentieux, vous recevez un accusé de réception avec un formulaire sur votre situation personnelle que vous devez retourner. Une convocation vous est ensuite envoyée dans la foulée vous indiquant l’heure de l’audience et le tribunal dans lequel votre affaire sera jugée. Concernant la région parisienne, ça sera le tribunal du contentieux de Paris qui prendra en charge mon dossier, chose qui ne m’enchante guère, Paris étant une ville dont j’évite dans la mesure du possible de m’y rendre.

Étant un peu limité au niveau des expertises, j’ai tenté de contrebalancer le vide médical de mon dossier en tentant de le rendre le plus complet possible. J’avais fait une partie description médicale ou je reprenais grosso modo la description de mes symptômes, une autre partie était constituée des pièces médicales que j’avais accumulées lors des mes différentes démarches médicales et enfin une annexe constituée des conclusions de l’OMS, de la décision du TCI de Toulouse, De la reconnaissance de la MDPH d’Évry de l’électrosensibilité et enfin d’une traduction de l’article scientifique sur la démyélinisation des nerfs qui serait susceptible d’expliquer ma maladie.

Mon audience se déroulait le 29 novembre dernier à 14h45 à l’origine, mais apparemment la justice a pris la même mauvaise habitude que les médecins (justifié ou non) de n’être jamais à l’heure. Après avoir présenté ma convocation et ma carte d’identité à l’accueil, je suis convié à patienter dans la salle d’attente adjacente. Une bonne vingtaine de personnes vont m’accompagner lors de cette galère, dont une partie passe leur temps sur leurs portables, ce qui réveille mes picotements au niveau du visage.

Pendant cette période interminable, j’assiste au balai des robes noires, même si tous n’en sont pas accoutrés, leurs conversations ne laissent que peu de doute sur leurs présences. D’ailleurs, je vais comprendre qu’il semble y avoir une différence notable dans le fait de prendre un avocat ou non. Si vous vous présenté par vous-même, c’est un médecin expert qui a la possibilité de vous examiner qui va définir le taux d’incapacité si c’est dans ses cordes, alors que si vous vous faites représenter, c’est au final une joute d’avocat entre le vôtre et celui de la MDPH.

Dans la salle d’attente, un melting-pot de notre société, constitué pas seulement par des personnes ayant contracté un problème de santé, mais aussi par des proches qui les aident dans leurs démarches. On se rend compte aussi que les gens se perdent dans le système, une personne avait fait une demande d’aide juridictionnelle pour se faire représenter par un avocat et s’était rendue à une audience ou elle se représentait elle-même. Une autre qui n’avait pas coché la bonne case pour avoir un aidant familial et qui se retrouve à refaire la démarche depuis le début, ce qui engendre frustration et pleurs.

Il est 17 heures, je me retrouve avec 3 personnes, et à priori je serais le dernier de la liste, ce qui fait que j’aurai attendu plus de deux heures pour mon audience durant lesquelles j’aurais supporté l’exposition des différents plaignants. Pendant cette attente, les discussions des intervenants durant leurs audiences filtrent à travers les fines cloisons et je comprends que les jugements porte en partie sur du marchandage de tapie entre l’expert et la présidente sur les différents taux d’incapacité par type de handicap suivant un barème et qui sont mis bout à bout.

Mon tour arrive, il y a le greffier à ma gauche , la présidente entourée d’un assesseur en face et le médecin expert à ma droite. Avant même que j’ai pu m’installer, cette dernière indique qu’elle ne trouve pas mes documents médicaux, normal tout mon boulot a été salopé et attaché dans un gros bloc monolithique de feuille A4. Je vais perdre déjà un temps précieux pour lui expliquer où se trouvaient ces fameux documents. Autre chose a noter, la présidente m’indique qu’il n’y a qu’un assesseur sur les deux prévus dans la procédure, j’aurais pu reporter l’audience, mais j’aurais attendu pour rien…

Et quand je parle de temps précieux, c’est un euphémisme, vous avez moins de 10 minutes pour expliquer votre cas, résumer 6 ans de galère en un laps de temps aussi court, c’est quasi mission impossible. En plus de cela, il faut au préalable fournir à la Présidente différentes informations sur votre situation, vos ressources, votre âge et votre situation maritale, alors que ces mêmes informations vous devez les donner dans le questionnaire. Par la suite je vais commencer à rentrer dans le vif du sujet de l’électrosensibilité.

Devant mon auditoire, seul l’assesseur semble être un temps soit peu au courant de la problématique des ondes électromagnétiques en me demandant si ça concerne bien les pilonnes, sous entendu THT. Mon très (trop) court exposé permet à peu près de faire comprendre qu’une partie des symptômes, et étant donné qu’il n’y a pas d’expertise, la présidente et l’expert coupe court à ma présentation et se demandent vers quel spécialiste j’allais être renvoyé.

Comme j’ai évoqué le cas des acouphènes, ça part dans un premier temps sur une expertise ORL, puis ensuite vers un neurologue, suite aux problèmes de mémoire et aux picotements au niveau du visage, et c’est lui qui jugera si bon lui semble de m’envoyer vers un autre spécialiste si nécessaire. Sur ces conclusions, la médecin expert note ces conclusions à travers une sorte de dictaphone et j’assiste à une confrontation avec la présidente qui trouve qu’elle oriente un peu trop les futures conclusions du médecin dans son exposé dans le fait de le questionner sur le degré de mon taux d’incapacité, s’il était inférieur ou supérieur à 80%, pour la présidente la neutralité prévaut, c’est la neurologue qui fera sa propre opinion…

Je ne sais pas si c’est le fait que je sois passé en dernier, mais je ressors de cette audience avec une impression de justice expéditive, qui ne donne foi qu’en la parole de médecin expert sans vraiment donné de valeur à ce que les plaignants ont à dire. À cela se rajoute le regret de ne pas avoir demandé d’être examiné par l’expert qui aurait pu au moins constater les problèmes de peau mais je ne sais pas si ça aurait changé quoi que ce soit. Maintenant, il ne me reste plus qu’à attendre la convocation de la neurologue, je sens que là encore, ça va être une expérience palpitante …

@+ Jay

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3 réflexions sur “Un électrosensible au TCI de Paris

  1. BRAVO et bon courage pour la suite de ce parcours. Je crois qu’il ne faut pas manquer une occasion de faire savoir que ces troubles existent et qu’ils devraient être reconnus. La société pourrait même s’organiser pour les limiter au maximum. Mais non seulement il est difficile de crier dans le désert, non seulement personne ne veut entendre, mais le moyen d’être encore percutant-e et efficace quand il faut passer des heures à attendre dans un environnement hostile et épuisant (portables allumés, wifi environnant, appareils électriques en tous genres…)? Alors, encore bravo et merci pour ce témoignage.

      • Bonjour,

        Je suis aussi radio électrosensible depuis des années. Je développe aussi des troubles de la vue, des démangeaisons, des plaques rouges autour des yeux, et récemment des gros grains de beauté sous les bras!? En plus de ceux que vous avez. Au travail c’est l’enfer pour moi. Je vis en Suisse et ce phénomène est encore moins reconnu qu’en France. J’ai vu des médecins en France et en Suisse. Je suis sceptique quand au sérieux de cette nouvelle médecine environnementale. J’ai le sentiment que cela va être un juteux créneau pour certaine bourses. J’ai à peine été écouté par ces personnes accrochées à leur chrono et à leur porte-monnaie, j’en suis sortie dépité!!! On m’a proposé des examens que je n’ai pas fait par manque de moyens financiers. Je me bas au quotidien dans mon travail, chez les anthroposophes, pour faire connaitre les nuisances aussi sur les personnes déficientes intellectuelles et les personnes autistes. Il existe d’ailleurs une étoffe tissée avec soie, coton et/ou laine, (je crois que c’est Steiner qui l’avait mis au point) avec de la tourbe qui est très efficace contre tous les rayonnements, que je teste actuellement avec succès. Il existe aussi une huile à la tourbe que je vais bientôt tester. L’aluminium et le liège sont de très bon matériaux pour se protéger.
        A bientôt, Carlin

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