Radiofréquences : un risque accru de cancer pour les militaires ?

Source : Israeli Soldiers Working With Radar Face Higher Risk of Cancer, Israeli Study Suggests – 20/03/2018 – haaretz.com
Auteur : Ido Ifrati

Une étude scientifique a constaté que le risque de développer un cancer était plus grand chez les soldats qui étaient exposés aux radiations de type radiofréquences.

Les soldats qui opèrent en tant qu’opérateur radariste qui sont exposés aux radiofréquences ont plus à risque de développer un cancer, majoritairement des cancers du système immunitaire. Le risque de contracter plus d’un cancer est aussi plus élevé que la moyenne selon une étude israélienne qui a été publiée dans la revue scientifique « Environmental Research ».

L’étude [1] a constaté que le risque de développer un cancer est plus élevé chez les soldats et les travailleurs de l’industrie de la défense qui sont exposés aux radiofréquences. Les chercheurs ont trouvé une augmentation de l’incidence (40%) d’un certain nombre de cancers du système immunitaire, tel que les lymphomes, les leucémies et les myélomes multiples. Parmi les malades du cancer dans la population globale, 23 pourcents souffrent de cancer du système immunitaire.

Cet article scientifique a été publié par le professeur Elihu richter, responsable du service de médecine Environnementale et du travail de l’École de médecine de l’université hébraïque de Jérusalem, le chercheur et ingénieur Michael Peleg de l’autorité de défense Rafael Advanced Defense Systems, et du chercheur Or Nativ de l’université hébraïque. Des études épidémiologiques ont étudié trois groupes de patients atteints de cancer dans les secteurs militaire et industriel et qui ont été exposés à des radiations similaires en Belgique, Israël et en Polande. Les trois études ont constaté un taux particulièrement haut de cancer du système immunitaire par rapport aux autres types de cancer.

Les chercheurs ont aussi constaté que 13 pourcents des patients atteints de cancer qui ont été exposés par le passé aux radiofréquences dans un contexte militaire ou de sécurité souffrent de plus d’un type de cancer, comparé aux 3 pourcents de patients du même âge.

La question est de savoir si les radiofréquences augmentent le risque de cancer et si cela concerne le public, surtout au vu de l’usage du téléphone portable, sachant qu’il y a un débat assez houleux sur cette question. Dans le cas présent, les malades ont été exposés à des niveaux de radiations qui étaient au-delà de ce que les utilisateurs de téléphones rencontrent.

Cette publication présente est dans la continuité d’une étude qui a été publiée en 2011 [2] par Yael Stein, docteur et chercheur de l’université hébraïque et de l’université hôpital Hadassah, avec la participation de Richter et Nativ. L’étude incluait 47 cas de malades du cancer qui avaient été exposés aux radiofréquences, la plupart durant leur service militaire et une minorité dans le cadre de leur travail au sein de l’industrie de la défense.

La majorité était des professionnels, soit des techniciens ou des ingénieurs, et leur maladie a été diagnostiquée à un âge précoce, en moyenne à 33 ans, alors que dans la population générale, les diagnostics de cancer se font en moyenne à 65 ans. À travers les années, les patients ont consulté le département de santé de sécurité et du travail à l’université hébraïque dans le but de savoir si leurs états de santé résultaient de l’exposition aux radiations. L’étude qui avait été publiée 7 ans plus tôt n’avait pas clairement établi un lien statistique entre ces expositions et l’épidémie de cancer, mais selon certains chercheurs, un certain schéma de diagnostic apparaissait et alimentait une certaine suspicion d’une connexion entre les deux.

L’étude actuelle s’est concentrée sur les caractéristiques des maladies d’un groupe de patients exposés aux radiations, comparé à des profils similaires en terme d’âge et de sexe, parmi la population générale que l’on retrouve en Israël. Ce qui a attiré l’attention des chercheurs était le taux d’incidence élevé du groupe de cancers liés au système immunitaire, dont 19 sur les 47 patients avaient été diagnostiqués, et sur l’incidence de deux types de cancer, 6 sur 47 participants. Les chercheurs ont conclu à partir des données statistiques qu’ils pouvaient estimer que l’exposition aux radiofréquences auxquelles les sujets avaient été exposés pouvait augmenter le risque de contacter un cancer par 4,5.

« L’étude détaille précisément le type de tumeurs cancéreuses et le laps de temps passé entre le temps d’exposition et le diagnostique, » indiqua Richter. « Nous avons trouvé que les tumeurs du système immunitaire était exceptionnellement prévalent comparé aux autres types de cancer. Les périodes de latence sont relativement courtes, une moyenne de 10 années, et la maladie apparaît à un jeune âge ».

Richter indiqua aussi que leurs résultats coïncident avec les constations d’études similaires à travers le monde, la communauté scientifique et médicale, et l’industrie de la défense ont tenté de minimiser les conséquences de l’exposition aux radiofréquences. D’un autre côté, ils disent qu’il y a des instructions pour limiter ces expositions.

Les discussions autour d’un possible lien entre l’exposition aux radiofréquences et l’augmentation du risque de cancer n’est pas limité à la communauté scientifique. Dans un rapport de 2001 de l’autorité de contrôle de l’État, il y avait 134 cas documentés de soldats qui déclaraient qu’ils avaient contracté un cancer du fait qu’il travaillait près d’installation de radars, que ça soit au sein de l’air-force, dans la marine et dans les services des communications et de l’intelligence.

« Dans les quartiers généraux de l’officier médical en chef, il n’y a pas de suivi des soldats qui se plaignent d’être tombés malade et dont les ondes radio en seraient à l’origine, idem pour ceux qui pensent que leurs cancers proviennent de cette exposition » avait indiqué le rapport à l’époque. L’IDF n’a pas investigué cette problématique, ni n’a changé de point de vue concernant les effets de ces radiations, qui ne sont pas à l’heure actuelle considérées comme causes de mortalité et qui imposerait au secteur de la défense de prendre ses responsabilités et nécessiterait qu’il assume la charge financière et médicale induite.

Les normes civiles sur les radiofréquences en Israël sont 10 fois plus élevées qu’en Suisse, et d’un dixième des normes états-uniennes mais elles ne s’appliquent pas aux soldats et aux travailleurs de l’industrie qui opèrent sur les équipements qui émettent des radiofréquences. En 2016, les chercheurs s’étaient tournés vers le ministre de la Santé Yaakov Litzman et avaient présenté les connaissances acquises sur ce sujet. Ils ont indiqué que le ministre Litzman avait essayé de faire avancer le dossier et en avait discuté avec les représentants de l’IDF, mais ça n’avait rien donné à l’époque.

Utilisation intensive du portable

Le consensus de la communauté scientifique est qu’il n’y a pas de réelle preuve que les radiations électromagnétiques sont cancérogènes. Cependant, en 2011 l’Organisation Mondiale de la Santé a classifié ces radiations comme cause possible de cancer. Plus récemment, le ministère de la santé a publié des données démontrant que durant les 25 dernières années, période pendant laquelle l’utilisation est devenue de plus en plus intensive, il n’y a pas eu d’augmentation de l’incidence des tumeurs de cerveau en Israël. Des affirmations similaires ont été faites dans le cadre de publications par les autorités U.S.

Cette étude suscite des réactions contradictoires. L’IDF affirme qu’il n’y a pas eu la présence d’un groupe de contrôle, et que les chercheurs n’ont pas fait de mesure des radiofréquences émises par les appareils électriques et radio utilisés quotidiennement. Il affirme aussi que selon les publications les plus récentes de l’agence internationale sur la recherche du cancer, les radiations électromagnétiques appartenant au spectre des radiofréquences ne sont pas définies comme définitivement cancérogène pour l’homme, et que les résultats de cette étude contredisent les connaissances cumulées sur le sujet des effets connus et donc qu’il n’y a pas de connexion significative entre les radiofréquences et le cancer.

Le professeur Eitan Friedman, directeur de l’unité d’oncologie au Centre Médical Sheba à Tel Hashomer, indique « qu’il est compliqué de se faire une idée avec une cohorte de 47 sujets, dont 19 ont contracté différents types de cancer. De plus, cette équipe de chercheurs est connu pour avoir un agenda afin de prouver par tous les moyens que les radiations non-ionisantes sont dangereuses ».

Les chercheurs qui ont conduit l’étude, de leur côté, affirment que l’article démontre qu’il y a un lien statistique significatif pour 19 patients, des résultats similaires ont été constaté dans d’autres études en Israël mais aussi dans différents pays. Ils affirment que ces radiations sont cancérogènes et qu’une protection adéquate devrait être fournie aux employés et aux soldats, et que leurs expositions soient diminuées.

Le professeur Stilian Gelberg, responsable du service sur la réduction du bruit et des radiations au sein du ministère de la protection environnemental, est en accord avec les chercheurs de l’étude. »Cette étude renforce l’affirmation qu’il y a une connexion entre les expositions aux radiofréquences et l’augmentation du risque de cancers du système immunitaire, » déclara-t-il. Il pense que cette étude souligne le fait que nous avons besoin d’être plus scrupuleux au sujet de l’application du principe de précaution concernant les soldats et les employées de l’industrie de la défense.

« L’armée a adopté des recommandations et des normes de protection environnementale et ils font beaucoup pour les atteindre, ça concerne aussi bien les sous-marins comme les diverses installations militaires. S’il devait y avoir une recommandation des organisations de sécurité à la suite de cette étude, ça serait l’utilisation de dosimètres afin d’étudier l’exposition à ces radiations, la stricte application de la régulation en place et la communication des instructions adéquates. Au moins une partie de l’exposition à ces radiations provient de négligences ou de l’absence de l’application des mesures de sécurité.

La réponse du représentant de l’IDF : « L’IDF attache une grande importance afin de protéger la santé des soldats et surveille les niveaux de radiofréquences, en accord avec les règles de sécurité et des standards Israéliens, qui sont approuvés par le ministère de la protection environnementale. Des mesures périodiques sont effectuées au sein des unités et les équipements sont testés selon des normes d’exposition strictes. Nous insistons sur le fait qu’il n’y a pas de connexion prouvée entre morbidités et radiofréquences ».

@+ Jay

1. Radio frequency radiation-related cancer: assessing causation in the occupational/military setting – Michael Pelega, Or Nativ, Elihu D. Richter
2. IDF Soldiers Exposed to Radiation Risk Developing Cancer Within 10 Years – haaretz.com

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