Les messages sanitaires sur les ondes sous contrôle

Aux États-Unis, l’industrie a influencé la science, les régulateurs, la perception du public et les politiques gouvernementales

Quand l’industrie veut utiliser ses talents de ventriloque sur la science, comment s’y prend-elle ?

L’année dernière, The Nation nous a démontré dans son reportage, comment l’industrie des télécommunications s’arrange pour que nous pensions que les portables sont sans risque (Traduction ici).

En 1993, un procès a établi le lien entre le portable et le cancer terminal du cerveau d’une femme. Alors que les actions de cette industrie se ratatinaient, l’industrie a développé une réponse multi-front.

Cette tactique peut être utilisée par n’importe quelle industrie menacée dans n’importe quel domaine, à n’imorte quel moment afin d’influencer la science, les régulateurs, la perception du publique et les politiques gouvernementales.

Le gouvernement n’a jamais testé la question de la sécurité sanitaire des portables auparavant le cas de cancer de cette femme. Mais juste une semaine avant le début du procès, Tom Wheeler, président de l’association des communications cellulaires et d’Internet (CTIA) aux États-Unis, annonça que les téléphones portables étaient sans risque. Il annonça aussi que l’industrie allait financer la recherche qui devrait « confirmer les résultats des études existantes ». Avec ces mots, il donnait les conclusions du projet de recherche sur les technologies sans fil avant même que celui-ci ait débuté.

La première tactique est d’acheter la science. Le professeur en Biochimie Henri Lai s’est penché sur 326 études scientifiques en lien avec la question sanitaire du téléphone portable entre 1990 et 2005. Il constata que 67% des études trouvaient des dommages biologiques en relation avec les radiations du portable, pour seulement 28% quand elles sont financées par l’industrie.

Le professeur Lai a participé à l’étude de la CTIA. Dans une interview pour le site Microwave News, il déclara avoir rencontré un certain nombre d’anomalies et de manipulations apparentes de la part de l’industrie, ce qui inclut une tentative de vider la section portant sur la partie discussion.

La CTIA a tempéré le message de l’Organisation Mondiale de la Santé quand celle-ci a publié l’étude interphone en 2000. L’étude démontrait que ceux qui utilisent un portable sur une période de 10 ans ou plus, voyaient leur risque de gliome (un certain type de cancer du cerveau) augmenter de 120% (NDLR: pour l’Allemagne 120%, 100% pour la France et 60% en moyenne).

Le vice-président des affaires publiques de la CTIA, John Walls, indiqua aux reporters que « les conclusions de l’étude interphone ne montrent pas une augmentation globale du risque de cancer du cerveau et sont cohérentes avec un large éventail de recherche scientifique qui vont dans le même sens sur ce sujet ».

Une autre tactique est de tuer la recherche dans l’œuf. Le professeur en biochimie Dariusz Leszczynski a connu cette pratique la première fois en 1999 quand il était professeur adjoint à l’école Médical de Harvard. Il voulait faire des expériences sur les effets des radiations à des seuils au-dessus des normes gouvernementales mais à chaque fois ses projets ont été rejetés par des scientifiques qui étaient financés par Motorola.

En 2011, le professeur Leszczynski expliqua dans une interview, « tout le monde sait que si vos recherches démontrent des effets provenant de ces radiations, les financements vont s’assécher ». Une année plus tard, son employeur, l’Autorité Finlandaise de Sécurité des Radiations et du Nucléaire, a stoppé les recherches sur les effets biologiques des portables et l’a libérée.

La version intermédiaire de l’étude du Programme National de Toxicologie en 2016 déclara les radiations du téléphone portable comme cancérogène « probables » ou « reconnues » avec de « vastes implications concernant la santé publique ».

Mais quand la version finale a été publiée en 2018, le scientifique senior qui s’occupait de l’étude, John Bucher, indiqua durant une conférence de presse, « Je ne pense pas du tout que c’est une situation à haut risque ».

L’éditeur du site Microwave News, Louis Slesin se demanda ouvertement pourquoi ce retournement de veste de la part du NTP ?

Sa meilleure hypothèse est qu’il y a eu des pressions industrielles, militaires et politiques, tout comme le changement de direction de l’étude qui a dû jouer.

Tom Wheeler, le président de la CTIA entre 1992 et 2004, a présidé la commission fédérale des communications (FCC) aux États-Unis entre 2013 et 2017. Meredith Attwell Baker, membre de la FCC entre 2009 et 2011, préside la CTIA depuis 2014. (NDRL : revolving doors)

Dans un article sur la déontologie de l’université de Harvard, le journaliste Norm Alster a défini la FCC comme « une agence capturée », et cita le site de la CTIA, qui saluait la FCC pour « sa régulation éclairée ».

Laissons ça à l’industrie du sans fil pour qu’elle continue à prôner la bonne parole sur les ondes…

@+ Jay

Source : Cellphone industry continues to control the safety message – Troymedia.com – Lee Harding

Ps: En France, on pourrait se croire un peu à l’abri de ce genre de pratique mais dans les faits c’est à peu près la même chose. L’histoire du professeur Leszczynski peut être corroborée avec celle du professeur Ledoigt qui lui aussi a vu son projet de recherche sur les ondes mis à l’amende. Concernant les messages rassurant dans la presse, il y avait la Fédération Française des Télécoms, peu actif actuellement, c’est surtout des associations comme l’AFIS ou la SFRP qui font le service après-vente comme l’on peut voir avec l’article du Figaro Santé. Concernant l’agence sanitaire française, l’ANSES, a eu un message un peu brouillé surtout au vu du classement de l’OMS à l’époque …

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