L’ICNIRP tenterait-elle de décrédibiliser l’étude du NTP ?

Source : « The Anatomy of a Rumor » – microwavenews.com – 1 décembre 2017

Maria Feychting de Karokinska évoque des biais d’analyses biologiques pour discréditer l’étude du NTP sur les radiofréquences et le cancer

Il y a quelques jours, j’ai reçu un avertissement d’un de mes contacts en Suède. Un membre de l’industrie lui aurait dit que l’étude du Programme Nationale de Toxicology U.S. (NTP) sur les risques du téléphone portable avait été « foirée » et serait essentiellement inutile.

J’ai été tenté de considérer cette alerte uniquement comme un fantasme corporatiste. Mais la source originale proviendrait de Maria Feychting, une professeur de l’institut de Karolinska et vice-présidente de la Commission internationale sur la radioprotection non ionisante (ICNIRP). Elle a émis des doutes sur l’emblématique étude animale sur les radiofréquences de 25 millions de dollars dans un discours à l’académie royal des sciences de Suède (l’institut qui nomme les prix Nobel en physique et en chimie chaque année).

J’ai finalement décidé de vérifier la véracité de cette rumeur.

Le cœur de l’argumentation de Maria Feychting, d’après ce que l’on m’a dit, est que les analyses biologiques n’ont pas été faites dans les règles. En effet, les pathologistes aurait su lesquels des échantillons avaient été exposés et ceux qui faisaient partie du groupe de contrôle. Les diagnostics comporteraient des biais et seraient donc sujet à caution. Le résultat final est que les taux de tumeurs rapportés dans l’étude, comme le laisse entendre la rumeur, serait sans fondement.

On m’a précisé que cette preuve se trouvait dans l’Appendice C du rapport intermédiaire du NTP sur les « résultats partiels » publié en mai 2016 (Page 21-22)

« Tous les travaux du groupe de travail de pathologie(PWG) ont été conduits en double aveugle en ce qui concerne les différents groupes et les échantillons étaient labellisés en « test agent A » ou « test agent B ».

Maria Feychting et d’autres, ont apparemment supposé que les labels A et B étaient les codes qui correspondaient aux rats exposés et ceux qui appartenaient au groupe de contrôle.

Ils avaient tord.

« Le PWG ont mené leurs expériences sur des lames en double aveugle en ce qui concerne le groupe exposé ou de contrôle, » indiqua Jhon Bucher, le directeur de l’étude et le directeur associé du NTP, en réponse à un mail de Microwave News qui l’informait des rumeurs de Maria feytching. Il a aussi indiqué que les labels « A » et « B » faisaient référence aux différentes modulations des radiofréquences.

Ce même questionnement avait été soulevé en interne lors des premières révisions du rapport au sein du NTP avant la publication l’année dernière des résultats intermédiaires.

Maria Feychting n’a pas fait de commentaire à notre demande d’information.

La rumeur est née au sein d’un groupe de travail de l’ICNIRP

L’ICNIRP avait invité Jhon Bucher afin de présenter les résultats de l’étude du NTP à une réunion qui se tenait à Munich du 8 au 10 novembre. La plupart de ce qui s’est dit avait déjà été présenté lors de la conférence BioEM 2016 à Ghen l’an dernier. Il n’y avait donc rien de nouveau indiqua Martin Röösli de l’Institut Tropical et de Santé Publique Suisse à Bâle. Martin Röösli, membre de l’ICNIRP, a assisté aux deux éventements.

Jhon Bucher s’est rappelé que les membres de l’ICNIRP ont posé beaucoup de questions au sujet de l’étude du NTP, et plus précisément au sujet des procédures de vérification des pathologies. (Elles sont détaillées dans l’appendice C du rapport intermédiaire de l’an dernier)

J’ai demandé à Eric Van Rongen, Président de l’ICNIRP, une copie de l’agenda des réunions de son ONG. Il a refusé en expliquant que c’était des « réunions à huit clos ».

Un peu moins de deux semaines plus tard, le 21 novembre, Maria Feychting prit la parole à un séminaire sur les risques des champs électromagnétiques qui se tenait à l’Académie royale des sciences de Suède. La réunion avait été organisée par le comité des sciences de la radio suédois (SNRV). Ce qu’elle expliqua sur les biais des analyses biologiques est basé sur deux rapports provenant de cette réunion, qui m’ont été relayés par mon contact suédois.

Un des deux provenait de Lars-Erik Larsson de la société TeliaSonera, le plus gros opérateur télécom des pays nordiques. Dans un échange par mail, il a confirmé le plus gros de ce que j’avais entendu. Il m’indiqua, que dans son discours, Maria Feychting a pointé du doigt le fait qu’il n’y avait pas eu de tumeur détectée dans le groupe de contrôle de l’étude du NTP, une preuve qui est incohérente avec les données collectées historiquement. Elle attribue cette incohérence au fait que « l’analyse des tumeurs n’a pas été faite en double aveugle », précisa Lars-Erik Larsson.

L’autre rapport avait été produit par Yngve Hemmerius de l’université de technologie Chalmers de Göteborg, celui la même qui a organisé ce séminaire. Il n’a pas fait de retour suite à notre demande d’information. Il n’a pas souhaité non plus partager la liste des participants.

La rumeur lancée par Maria Feychting n’a pas été prise au sérieux aux États-Unis, Ron Melnick « ne voit pas de base pour énoncer ce genre d’affirmation », c’est lui qui a élaboré l’étude du NTP (Il n’est plus en activité actuellement). « Les procédures standardisées ont été appliquées. Donc, si la méthodologie du NTP est biaisée, vous devriez jeter à la poubelle toutes les autres études du NTP ». Il a accentué sur le fait « que les échantillons du groupe de contrôle ont été traités de la même manière que ceux du groupe exposé ».

« Cela ressemble à une théorie du complot », indiqua Melnick.

La rumeur a atteint les oreilles de Joel Moskowitz de l’université californienne de santé publique de Berkeley. « C’est déconcertant qu’un petit nombre de scientifiques sont en train d’essayer de discréditer une étude alors qu’elle est considérée la plus solide étude du NTP sur les effets des radiations des téléphones portables et le cancer ».

En Europe aussi émerge un certain scepticisme sur les allégations de Maria Feychting. Michael Kundi, de l’université médicale de Vienne, indiqua dans un mail « qu’il avait lu toutes les publications et il n’a pas trouvé une once d’indice que les échantillons n’avaient pas été analysés en double-aveugle. Michael Kundi est actuellement à la tête de l’institut de santé environnementale de son université.

La déclaration d’intérêts incomplète de Maria Feychting

L’entreprise Telia finance une partie des travaux de Maria Feychting, et si tout va bien, cela va continuer encore pas mal d’années. « Cette société fait partie des sponsors de la branche Suédoise de l’étude COSMOS, une étude épidémiologique sur l’impact du téléphone mobile sur une période de plusieurs décennies et dont Mme Feychting y est à la tête.

Les liens de Maria Feychting avec les télécoms suédois à travers COSMOS ne sont pas inclus dans sa « déclaration d’intérêts personnels » de 2017 pour l’ICNIRP. La section « recherche financé par des entités commerciales » est restée vierge.

Une explication possible pour cette omission se trouve peut-être sur le site web du projet COSMOS où il est mentionné qu’il y a la présence d’une entité intermédiaire qui sert de « firewall » (NDLR : pour qui ?) entre l’institut de Karolinska et le secteur des télécoms. Cela semble dur à comprendre puisque ce n’est pas un secret que le secteur des télécoms aide financièrement le travail de Maria Feytching. Elle le sait, Telia le sait. L’institut Karolinska le sait. Ils sont tous au courant que la source de financement est abondante mais pourrait se tarir tout aussi rapidement. Pour l’instant, personne ne semble suggérer qu’il y a un biais de financement, ni même d’une rumeur.

Sur sa page internet, l’ICNIRP déclare qu’il n’existe pas d’ « intérêts directs », et que ses membres « ne peuvent être employés par l’industrie ».

Maria Feychting a été un membre du groupe de travail de l’étude Interphone du CIRC et elle n’a pas arrêté de remettre en cause les interprétations sur le risque de tumeur au cerveau. Elle soutient que l’étude est faussée à cause de biais de sélection et de mémoire dans les données collectées. Et maintenant, Maria Feychting semble invoquer un biais d’analyse biologique lorsqu’il s’agit de l’excès de tumeur chez les rats exposés.

Le NTP à déjà répondu à ces inquiétudes depuis longtemps.

@+ Jay

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