Tumeur et portable : des statistiques douteuses…

« Pourquoi les personnes âgées de plus de 59 ans n’ont pas été prises en compte ? pas grand monde pour se mouiller… »

Les taux de tumeur cérébrale en Australie n’aurait pas augmenté entre 2003 et 2013 selon une nouvelle analyse de l’agence australienne de la radioprotection et de la sécurité nucléaire (ARPANSA) et du centre australien pour la recherche sur les bio effets Électromagnétiques (ACEBR). Cela signifie qu’il n’y aurait pas de lien entre l’utilisation du téléphone portable et du cancer du cerveau, selon eux.

Si cette association était vraie, « les taux de cancer cérébrale auraient dû être supérieurs à ceux observés, » indiqua le communiqué de presse de l’ARPANSA qui accompagnait la publication de l’étude dans le journal scientifique BJM Open.

« Des personnes pensent que les téléphones portables sont susceptibles d’être à l’origine de cancer, notre étude démontre le contraire », indiqua l’auteur en chef, Ken Karipidis, membre de l’ARPANSA.

D’autres sont plus sceptiques. l’analyse est incomplète et trompeuse, et il est possible que ça soit pire que ça…

Ken Karipidis et Rodny Croft de l’ACERBR ont mené cette nouvelle étude, qui a été conduite dans le cadre d’un financement de 2,6 million de dollars australien (2.1 millions d’euros) du conseil national de santé et de recherche médicale australienne. L’ACERB est basé à l’université de Wollongong dans l’État de Nouvelle-Galles-du-Sud.

Seules les tumeurs du cerveau antérieures à l’âge de 60 ans sont prises en compte.

Cette nouvelle étude épidémiologique a couvert plus de 16 800 cas de tumeurs cérébrales enregistrées en Australie durant une période allant de 1982 à 2013. Assez surprenant soit-il, Ken Karipidis et Rodny Croft ont exclu tous les cas où l’âge de diagnostic était supérieur ou égal à 60 ans.

Cette décision a soulevé une vague de critiques. Le problème principal est que cela retire la plus grosse part de la population qui est atteinte de cette affection. Il est bien connu que les personnes qui vieillissent ont une plus grande probabilité de développer une tumeur.

Par exemple, Aux États-Unis, l’âge médian des cas de tumeur cérébrale était de 60 ans, selon l’association américaine sur les tumeurs cérébrales (Ce qui fait, qu’il y a plus de cas chez les plus de 59 ans que ceux plus jeunes. Si cette distribution s’applique à l’Australie, Ken Karipidis et Rodny Croft ont donc ignoré une majorité des cas de tumeur du cerveau dans leur analyse.

Limiter le nombre de cas pour ceux qui ont un âge en-dessous de 59 ans, est un « peu bizarre et non nécessaire » expliqua Vini Khurana, neurochirurgien et directeur du CNS neurochirurgie à Sydney. Vina Khurana a suivi et écrit sur le sujet de la controverse sur les portables.

D’autres sont plus radicaux. « C’est une étude biaisée » indiqua dans un tweet Joel Moskowitz de l’Université de Californie, à Berkeley, qui est l’auteur du site Electromagnetic Radiation Safety.

Selon l’étude de Ken Karipidis et de Rodney Croft, la raison pour avoir ignoré cette tranche de la population était de pouvoir comparé avec ce qu’ils appellent la « modeste » augmentation du risque de tumeur au cerveau observé en 2010 dans l’étude Interphone. Les résultats de l’étude Interphone avait été partiellement responsable de la classification du CIRC comme cancérogène possible pour l’homme.

Quand j’ai demandé une clarification, Ken Karipidis a seulement réitéré qu’ils n’ont fait que suivre ce qu’avait fait le groupe de travail de l’étude Interphone. Via un communicant de l’ARPSANSA, il nous répondit ceci: « comme indiqué dans notre étude scientifique, nous avons restreint les données à une plage d’âge comprise entre 20 et 59 ans afin de pouvoir comparer nos résultats avec ceux de l’étude Interphone, ». Il déclina toute interview dans le cadre de cet article.

J’ai demandé à Bruce Armstrong, un professeur émérite de l’École de médecine de l’université de Sydney, son opinion sur ce sujet. Il a été le responsable de l’équipe de l’étude Interphone et il travaille actuellement au sein du projet mobi-kids, qui investigue sur les cas de tumeur cérébrale chez les jeunes de 10 à 24 ans. Lui aussi souligne le problème dans la conception de l’étude.

Si l’équipe de Ken Karipidis avait été « rationnelle », ils auraient dû faire d’une autre manière selon Bruce Armstrong. « Interphone a exclu les plus de 60 ans car à l’époque leurs expositions étaient réduites du fait de la faible utilisation du portable, » une analyse sur une cohorte de personnes dont la date de naissance était supérieure à 1944 aurait été plus pertinent.

Pour ce scientifique, Interphone avait ses raisons pour exclure les cas anciens. Dans l’analyse des scientifiques de l’ARPANSA et de l’ACERBR, c’est totalement différent du design de l’étude cas témoin pour Interphone. Ils n’ont pas l’information sur l’utilisation du portable par ceux qui ont développé des tumeurs. Interphone, au contraire, avait la possibilité d’estimer l’exposition aux radiofréquences pour chaque participant. Ce qui s’applique à une étude, ne l’est pas forcément pour une autre.

Pas le temps de répondre pour Rodney Croft, membre de l’ICNIRP.

Au vu des réticences de Ken Karipidis, je me suis tourné vers Croft. Je lui ai envoyé la même liste de questions que pour son collègue de l’ARPANSA. Cela incluait le questionnement de l’exclusion des cas des plus de 59 ans et s’ils avaient fait une analyse parallèle avec une cohorte de personnes plus âgées ayant déclarées une tumeur cérébrale.

Mais il était trop occupé pour répondre, il préférait laisser Ken Karipidis s’en occuper. Quand je lui ais dit que lui aussi n’était pas très coopératif, il a répondu qu’il allait faire la « liaison » avec lui et qu’il reviendrait vers moi. Ce fut les derniers mots que j’ai eu de Rodney Croft.

Ce dernier est un professeur de psychologie, il est le chef des investigations à l’ACERB et le principal investigateur du projet gouvernemental dans lequel l’étude sur les tumeurs cérébrales a été menée. Il est membre à plein de temps de l’ICNIRP, et Ken Karipidis est un membre de la commission du groupe d’expert scientifique (SEG). L’ICNIRP se bat depuis fort longtemps contre les idées qui suggéreraient qu’il y a un lien entre les tumeurs cérébrales et les téléphones portables.

Ken Karipidis est tellement convaincu que les portables sont sans danger qu’il le clame haut et fort à qui veut l’entendre qu’il n’est pas nécessaire de prendre des précautions. Dans une interview, il indique que : « en tant que scientifique, les preuves (de risque sanitaire) ne sont pas encore flagrantes, ». « Je n’ai pas le sentiment de devoir utiliser le haut-parleur ou le kit mains libres ». Il est aussi venu réassurer le public sur la question de la 5G, technologie qui sera déployée progressivement à travers le monde, il « n’y a pas de quoi s’en faire ». (Pour une opinion contraire, voir le papier d’IT’IS de Zurich.)

Contrer l’augmentation des glioblastomes constatés en Angleterre.

L’étude australienne va à l’encontre d’une autre publication de l’an dernier d’Alasdair Philips et de ses collaborateurs anglais. Ils ont démontré que le taux de glioblastome (GBM), la plus agressive des formes de tumeur cérébrale, avait plus que doublé en Angleterre entre 1995 et 2015.

Ken Karipidis et Rodney Croft ont indiqué qu’ils n’avaient pas vu d’augmentation d’aucun sous-type de tumeur du cerveau.

« En s’arrêtant à l’âge de 59, ils manquent le groupe dont l’augmentation des glioblastomes est la plus importante, et ceux dont l’exposition aux radiations du téléphone portable est la plus grande, » indiqua Alasdair Philips depuis l’Écosse. « C’est impossible à justifier. »

Il ajouta, « franchement, je trouve leur analyse partielle plutôt choquante, et je ne comprends pas comment ça ait pu passer une commission de relecture ».

Pour appuyer son argumentation, il m’envoya un graphique avec des données supplémentaires publiées dans son étude scientifique de l’été dernier :

Source: Supplementary Materials to Philips et al., 2018.

« Vous pouvez constater, que pour les glioblastomes, ignorer les cas des plus de 59 ans, élimine 63% de tous les cas d’Angleterre, » indiqua Alasdair Philips. « La hausse de ce type de tumeur est exclusivement dans ce groupe de personnes plus âgées, c’est la différence entre les lignes pointillées rouges et bleues. » Si nous avions éliminé ce groupe, nous aurions rejoint les conclusions de Ken Karipidis ».[à noter que le taux des GBM est tracé sur une échelle logarithmique. Pour voir le même graphique sur une échelle linéaire, vous pouvez aller ici].

« Mais faire ça n’aurait aucun sens ». Selon Philips, « l’étude australienne n’est rien d’autre que de la pseudoscience trompeuse et devrait être dé-publiée ».

@+ Jay

Traduction de l’article : Aussies Claim No Brain Tumor Link; Skepticism Abounds
Source : Microwavenews.com

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