Électrosensibilité : 01Net perpétue les clichés

« Quand on pensait avoir touché le fond dans le traitement médiatique de l’électrosensibilité et que 01net se ramène avec une excavatrice… »

Décidément l’électrosensibilité est mise en avant d’une façon plus ou moins ridicule au fil des reportages et des articles de presse. Dans une grande partie d’entre eux, j’ai l’impression que les journalistes essayent de nous faire passer le mot que c’est forcément une maladie psychiatrique pour éviter un sujet qui s’il était pris un minimum au sérieux pourrait remettre en question tout un pan technologique de notre société. Le pire dans tout ça, c’est que les malades eux-mêmes se prêtent au jeu, voire au cirque, médiatique avec des accoutrements « anti-ondes » sans que ceux-ci ne se posent la moindre question sur les répercussions qu’ils pouvaient avoir sur la vision du public de la pathologie. On avait eu le droit au symptomatique reportage de France 2, puis les mises en scène du premier électrosensible à être indemnisé par la MDPH d’Évry (qui m’a désindexé deux URL au passage car il n’assumait pas sa prestation) et maintenant un article de la journaliste Clara Delente dans la revue 01net qui nous raconte l’histoire d’Hélène G. 47 ans d’une manière assez singulière…

La couverture du magazine annonce la couleur dès le départ avec une photo d’Hélène sous son voilage fait de tissu anti-onde, de la tête aux pieds, sans que rien ne dépasse, comme un fantôme qui déambulerait dans la rue, le détecteur d’ondes à la main. Témoignage d’un mal invisible peut-on lire en bas de page, autant dire que le lecteur qui s’intéresse aux nouvelles technologies pourrait se demander si ce mal n’est pas simplement dans sa tête sans même avoir commencé à lire l’article de 6 pages qui est dédié à cette pathologie. Les illustrations à l’intérieur de l’article ne sont guère mieux, on retrouve cette personne avec le même accoutrement en plein parvis de la défense, sur les escaliers situés en-dessous de la Grande Arche. Dans une troisième illustration, les gants et le masque laissent place à une soucoupe au-dessus de sa tête supportant un voilage qui l’englobe totalement jusqu’au niveau des genoux. Sur toutes les illustrations, seule une photo laisse apparaître le visage d’une femme à peu près normale…

Dire que la forme de l’article est désastreuse pour les malades serait un euphémisme, que dire donc du fond de l’article ? Sous une apparente fausse neutralité, on va s’apercevoir que l’option de la maladie psy va prendre irrémédiablement le dessus car c’est bien le but de l’article, rassurer notre cadre CSP+ qui est dans le domaine des nouvelles technologies. Une télé « blindée » par du papier d’aluminium, des miroirs retournés, un lit à baldaquin avec un voile contenant du fil de cuivre pour se protéger des ondes, encore une fois les premières lignes ne laissent que peu d’ambiguïté. Hélène serait persuadée que le WIFI, les lignes électriques ou la 4G, la rendrait malade avec des symptômes comme des acouphènes, des maux de tête intenses et des poussées d’eczéma. Elle limiterait ses excursions à 3 heures et prendrait des douches pour se « décharger » et ferait une sieste sous son baldaquin pour reconstituer ses forces… Elle a aussi enlevé son stérilet et ses plombages dentaires afin d’éviter de devenir un relais pour les ondes nocives, mais ne voit pas l’incohérence de se vêtir d’une tonne de vêtement qui sont justement conducteurs et dont la peau sert de mise à la terre…

Son histoire à la base est pourtant assez classique, Graphiste de profession, son quotidien a complètement basculé en 2016 lorsque son entreprise a déménagé dans un espace de travail partagé, elle a commencé à avoir différents symptômes comme des vertiges, des spasmes musculaires, des vomissements et c’est une paresthésie déclenchée par un clavier Bluetooth quelques années auparavant qui l’aurait aiguillé vers les ondes. Ce coup-ci, ça serait dû à une borne WIFI mais malgré un déménagement de bureau son quotidien serait devenu un enfer. À tel point qu’elle s’est vue obliger de se réfugier dans sa cave lors de ses crises, « à vouloir enfoncer sa tête dans la terre, c’est un reflex courant en cas de pic de douleur » déclara-t-elle à la journaliste. S’ensuit une errance médicale, son endocrinologue va l’arrêter et elle va se tourner vers el famoso professeur Belpomme qui va lui indiquer qu’elle souffre de « syndrome d’intolérance aux champs électromagnétiques ». C’est ce dernier qui va servir de « caution » à la maladie alors que l’ANSES, l’agence sanitaire française, va servir à appuyer la thèse de la somatisation.

C’est sur ce point où on va pouvoir se rendre compte que l’article est biaisé car même s’il laisse place à la contradiction, ce n’est qu’en apparence. D’un côté nous avons un professeur qui est décrit comme « contesté » et qui annonce des chiffres invérifiables, de l’autre nous avons le chef de l’unité des Agents Physiques de L’ANSES qui déclare qu’il n’y a aucune étude sérieuse réalisée à ce jour. De plus, le rapport de l’agence sanitaire française aurait conclue que les souffrances étaient réelles mais que la cause n’était pas connue. Avant de rajouter « ainsi on ne peut pas qualifier ces désordres de pathologie. Ni mettre ça sur le dos des champs électromagnétiques ». Dommage que la réactrice de l’article n’ait pas creusé un peu plus dans le rapport sinon elle aurait pu s’apercevoir que le panel de scientifique qui l’a réalisé avance deux hypothèses à ce sujet, soit les symptômes ne seraient pas dus aux expositions aux champs électromagnétiques, soit l’absence de résultats serait due aux limites méthodologiques des études de provocation (P.6/16). De plus, si c’était si tranché que ça, pourquoi recommander la mise en place d’infrastructures de recherche adaptées à l’EHS, pour réaliser notamment des études de suivi à long terme…

J’avais donc ma petite idée sur la finalité de cet article mais il y avait un truc qui me chiffonnait plus particulièrement, comment interpréter cette illustration sur le parvis de la défense, traverser tout Paris pour se retrouver dans une zone certainement la plus exposée aux radiofréquences du coin, pour une femme qui se dit si malade qu’elle aurait été obligée de se réfugier dans une cave, incompréhensible. Au début j’ai pensé qu’elle avait été contrainte de le faire, qu’on lui avait enlevé son chat ou avait subi tout autre mesure de rétorsion, peu plausible. Après, j’ai pensé que c’était peut-être un roman-photo bidonné, mais ça faisait un peu trop complotisme et peu professionnel pour une revue comme 01Net. La réponse la plus plausible se situait dans l’article en lui-même, Hélène voulait développer sa « ligne de vêtements », sous-entendu anti-ondes… Ça ressemblait donc à un échange de bons procédés, 01Net avait ses illustrations et en contre-partie, notre électrosensible en herbe faisait la promo de ses « confections », ce qui aurait été une bonne idée si les lecteurs de cette revue sur les nouvelles technologies avaient été le cœur de cible de ce genre de prêt-à-porter, dommage pour notre malade des ondes qu’elle n’ait pas eu un minimum de notion de marketing en plus de la numérologie et des soins magnétiques…

On a donc un article de presse où une malade, a semble-t-il, prostitué les électrosensibles pour sa ligne de vêtements, un magazine qui a profité de la faiblesse économique, voir probablement psychologique, pour instrumentaliser la maladie et faire de la fabrique d’opinion pour rassurer nos chères adeptes des nouvelles technologies afin qu’ils puissent continuer à utiliser leurs portables et tous les autres objets connectés que nous concoctent les industriels, d’ailleurs ça tombe bien, c’est le Mobile World Congress à Barcelone en ce moment. Au niveau scientifique, nous avons un professeur qui s’est pris un avertissement par le conseil de l’ordre des médecins d’un côté, et de l’autre, l’ANSES dont le rapport sur cette pathologie a été traité de façon parcellaire en évoquant uniquement un effet nocebo, alors qu’il y avait d’autres hypothèses qui n’ont pas été évoquées. Et si vous ne devez pas avoir peur d’être électrosensible, n’ayez pas non plus peur du cancer puisque l’étude du NTP aurait observé « quelques preuves d’une activité cancérogène des téléphones portables », pourtant c’est bien des preuves évidentes d’une activité cancérogène pour les schwannomes du cœur chez le rat mâle qui a été conclu par le NTP (P.12), problème de traduction ? problème d’actualisation de l’information ? problème d’éthique ? on ne saura pas, ce qui est sûr, c’est que ce reportage était à charge et dont le but était clairement de dédouaner les technologies sans-fil.

@+ Jay

PS1 : Faire une analogie avec la collapsologie, c’était un peu superflue vu le tableau déjà dépeint…
PS2: qu’est-ce que je disais déjà ?

3 réflexions sur “Électrosensibilité : 01Net perpétue les clichés

  1. il est anormal que ce choix de société du tout connecté ne soit pas porté à l’avis du public et que des zones blanches ne soient pas instaurées.
    Les électros sensibles deviennent sdf du monde dans l’indifference Générale, tant que quelqu’un de bien placé soit concerné par le problème ou que le pb de santé public ne soit pas enfin démontrée.
    Super la démocratie qui met au panier 5% des citoyens ! Joli là soit disant fraternité !

    • 5% je ne sais pas mais en tout cas un certains nombre dont ne veut pas reconnaître, ou tout du moins, mettre en place des protocoles adaptés à la pathologie et non pas juste se contenter d’études de provocations qui ne servent qu’à savoir si un électrosensible sait détecter ou non les ondes électromagnétiques…

  2. De toute façons , vu la poussée impulsée par le développement tout azimut des 4g , 5g (« bientôt dans votre ville » !) et des ‘constellations’ de satellites dédiés envoyés par milliers dans l’espace (une nouvelle ‘constellation’ ces prochains jours) …l’être humain a une faculté d’adaptation énorme mais les contraintes se démultiplient tellement que le nombre d’ehs va grossir et puis , exploser , la poussière sous le tapis va déborder et ne pourra plus être ignorée. En attendant , augmentons notre immunité , physique , psychique et spirituelle , et prenons des mesures drastiques si nécessaire . Bon courage à tous ❤

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